Système technicien et technolâtrie...

« Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique. »

(Jacques Ellul)


Introduction

Comme chacun devrait le savoir, l'homme est le seul être vivant créé à l'image de Dieu, c'est-à-dire doué d'esprit, de raison, d'intelligence, et d'un libre arbitre (qualités qui, faut-il le préciser, peuvent évidemment se perdre par la maladie ou l'éloignement de Dieu).

 

Après la Chute occasionnée par son premier péché, l'homme s'est retrouvé dans un environnement généralement hostile à son existence. En raison de sa rébellion contre Dieu, l'harmonie n'était naturellement plus celle du Jardin d'Éden, et cela non seulement dans son être profond – puisqu'il ne se trouvait plus dans un état d'innocence et d'immortalité – mais aussi dans son milieu. Il se trouva alors en proie à toutes sortes de menaces et de souffrances, si bien qu'il est devenu l'être vivant le moins adapté à son environnement naturel.

 

L'extinction de l'humanité aurait certainement été très rapide si Dieu n'avait pas, dans sa bienveillante grâce, consenti à ce que l'homme puisse préserver une certaine empreinte de sa condition primitive. Ainsi, du fait de son intelligence, l'homme a pu survivre, s'adapter, et même dominer en grande partie les éléments naturels et la création (que Dieu lui avait initialement confiée). Et ceci a pu se réaliser par le moyen de la science et des techniques: techniques de fabrication, de construction, de chasse, de domestication, de médecine, de transmission (écriture), etc. Si bien que l'on peut dire, d'une certaine manière, que la Technique a toujours fait partie de l'humanité et qu'elle est même propre à l'homme. Celui-ci a ainsi pu survivre en aménageant progressivement son milieu, sans toutefois jamais pouvoir se dominer lui-même ni regagner, par ses propres facultés, l'immortalité (pour ce sujet, voir notre rubrique "Condamné à mort").

 

Pendant des siècles, l'homme a progressé dans la connaissance et la technique, mais celle-ci demeurait toujours un moyen et non pas une fin. Mais voilà qu'à partir du XIXe siècle (ou peut-être un peu avant) s'opéra une véritable rupture avec les sociétés anciennes et avec l'équilibre entre l'homme et le reste de la création. L'Occident, qui était alors la civilisation la plus avancée, la plus évoluée, la plus éclairée, puisque fondée partiellement sur la vérité (un christianisme mélangé au paganisme), amorça ce qu'on appellera plus tard la "Révolution industrielle". Cet évènement allait donner naissance à un nouveau milieu totalement artificiel et technicien, coïncidant curieusement avec la sortie du livre L'origine des espèces de Charles Darwin et la proclamation prétentieuse de Nietzsche sur la "mort de Dieu". Cette dernière affirmation était bien sûr aussi inexacte que la singerie évolutionniste, mais elle exprimait en tout cas assez bien l'effort entrepris pour que Dieu soit ôté du cœur de l'homme. Autrement dit, celui-ci devait devenir son propre "maître". À partir de là, il n'y eut plus aucune limite. L'homme s'inventa de nouveaux dieux et de nouvelles religions philosophiques, politiques, économiques, et surtout une religion technique. Et progressivement, le "progrès technique" deviendra la croyance la plus répandue dans le monde.

 

C'est ici précisément que réside pour nous, disciple de Jésus-Christ, tout le problème. Car ce n'est point tant la technique elle-même qui nous dérange (puisque nous l'utilisons aussi parfois, ne serait-ce que pour ce site), mais sa sacralisation et le processus de totalitarisation qui l'accompagne. C'est la raison pour laquelle nous désirons, à la suite des saints prophètes, apôtres, martyrs, iconoclastes, et de tous les vrais chrétiens qui se sont élevés contre le paganisme, désacraliser et profaner cette nouvelle fausse religion, en dévoilant sa véritable identité et surtout en exposant de manière simple les méfaits et les dangers qu'elle engendre.

 

Dans cette perspective, et pour commencer, voici déjà quelques définitions "techniques" utiles à connaître:

 

  • Technique, n.f. Au sens large et ellulien: Ensemble de moyens gouvernés par la recherche de l'efficacité en toutes choses; la Technique a tendance à s'autonomiser et s'auto-accroître sans contrôle, risquant à terme de modifier, réifier, voire remplacer totalement l'homme et son environnement naturel. 

 

  • Technolâtrie, nf. Adoration aveugle de la technique, l'ensemble des techniques et des méthodes fondées sur la connaissance scientifique, employées à la production, à la communication, etc. (Encyclopædia Universalis).

 

  • Techno-capitalisme ou techno-libéralisme, nm. Terme employé pour souligner le caractère dual du système dans lequel les intérêts capitalistes et techniques se soutiennent, où la logique marchande et la logique technique s'imbriquent pour mieux asservir les masses. Ici les objets techniques ne répondent pas nécessairement à une recherche d'efficacité ou d'utilité, mais plutôt de rentabilité; ils sont le plus souvent parfaitement inutiles et absurdes, inventés seulement pour créer de faux besoins.

 

  • Cybernétique, nf. (du grec kubernêtkê "art de gouverner"). Science des communications et de la régulation dans l'être vivant et la machine. La cybernétique est à l'origine de l'informatique.(Le Robert)

 

  • Transhumanisme, nf. Mouvement technolâtre et newageux* préconisant le perfectionnement de l'homme par le moyen des sciences et des nouvelles technologies. Les transhumanistes espèrent et proclament la création d'un nouvel être humain dégagé de toutes ses tares, une sorte d'hybride mi-homme mi-machine aux capacités intellectuelles et physiques plus développées, voire illimitées. Un nouvel "homme" susceptible de vivre "mieux", plus longtemps, et même éternellement. Les transhumanistes promettent en effet de "tuer la mort". Leur aspiration est en réalité une vieille idée qui s'apparente au "Surhomme" de Nietzsche et des Nazis, et plus loin encore à l'antique promesse soufflée par le Serpent à nos premiers parents, disant: "Vous serez comme Dieu**." (Gen. III, 5).

 

* Du New Age. Peut se prononcer comme "nuageux".

** Ou "comme des dieux"


Jacques Ellul sur le système technicien

On ne saurait bien parler de système technicien ou même de "Technique" sans se référer et rendre hommage à celui qui, selon nous, a le mieux exploré et exposé son fonctionnement: Jacques Ellul. Car quoiqu'elle ne soit pas reconnue à la mesure de sa valeur, la pensée d'Ellul est à la Technique ce que celle de Marx est au capitalisme. Autrement dit, elle apporte un éclairage essentiel pour nous aider à comprendre le milieu dans lequel nous sommes tous forcés de vivre. Bien entendu, on ne pourrait résumer en quelques lignes tous ses ouvrages technocritiques, mais il nous paraît au moins utile de savoir qu'Ellul fut un penseur prophétique, notamment pour avoir annoncé, d'une manière ou d'une autre, les phénomènes suivants:

  • Victoire d'Hitler, non pas selon les formes, mais sur le fond (volonté de puissance, préparation d'un nouveau "Surhomme", primauté de la technique et des techniciens, mépris de la vie humaine, eugénisme, propagandes permanentes, totalitarisme, suppression de la liberté, suppression de l'égalité, suppression de la disposition des biens, suppression de la culture pour elle-même, et bientôt suppression des gens inutiles…)
  • Urbanisation et trafic routier ingérables, 

  • Pollutions diverses en augmentation croissante, 

  • Addiction aux communications électroniques,
  • Nouveaux possédés (technolâtres, sectaires du New Age, etc.),
  • Déshumanisation totale (aliénation) et "décréation",
  • Agencement d'un nouveau milieu toujours plus artificiel,

  • Manipulations génétiques, 

  • Fichage social informatisé,
  • Accroissement du contrôle social (vidéosurveillance) et des lois liberticides, 
  • Pouvoirs croissants des États (ou des grands groupes privés) au détriment des individus,
  • Disparition, à terme, de ce qu’on appelle les "valeurs"...

Ces quelques points – parmi d'autres – prouvent qu'il est un auteur crédible et que ses écrits peuvent contribuer à l'élévation spirituelle de chacun. Toutefois, les analyses que nous ferons ci-dessous ne sont pas forcément toujours "elluliennes", car sa pensée était plus vaste, plus riche et souvent plus nuancée que la nôtre qui est plus radicale. Nous sommes cependant animé d'un même Esprit, puisque Jacques Ellul était lui aussi un disciple de Jésus-Christ.


« La Technique est aujourd'hui plus mauvaise que bonne »

Pour entrer dans le vif sujet, il faut déjà commencer par réfuter l'un des principaux mensonges repris par tous les technolâtres pour minimiser les effets dévastateurs de leur religion, et qui consiste à dire que la Technique est neutre et qu'elle dépend uniquement l'usage que l'on en fait. Si cette idée pouvait encore se défendre jadis dans une société non-technicienne, c'est-à-dire dans une société dans laquelle les moyens n'étaient pas des fins mais restaient des moyens auxquels on assignait des limites (précisément pour ne pas contrevenir à des lois ou des valeurs supérieures), elle n'est aujourd'hui plus du tout d'actualité et donc absolument fausse. Jacques Ellul avait déjà dénoncé cette erreur dans ses livres en expliquant que la Technique n'est pas neutre mais qu'elle est ambivalente, et qu'elle résout des problèmes tout en en générant des nouveaux, et ainsi de suite. Mais nous serons un peu plus direct: nous affirmons que la Technique est aujourd'hui plus mauvaise que bonne et qu'elle engendre plus de problèmes qu'elle n'offre de solutions. Car chacun peut comprendre que dans une société où les moyens remplacent les fins, toutes les valeurs qui les concurrencent ou les freinent sont appelées à disparaître. Ainsi la recherche de l'efficacité en toute chose, la volonté de puissance et la destruction de toute loi supérieure ne peuvent être qu'opposées à la foi chrétienne, à l'équilibre nécessaire, à la liberté et au bien-être de l'homme. Autrement dit, la civilisation de la machine n'offre que vitesse, réflexe, pollutions visuelle, sonore, aérienne, alors que pour s'élever l'homme aurait plutôt besoin de temps, de réflexion, de silence, de tranquillité et d'harmonie. Comme l'avait si bien dit Vincent de Paul (1581-1660): "Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit." Or, pour survivre ou s'adapter dans un environnement technicien, l'homme doit forcément s'abaisser et s'aliéner avec une quantité de "techniques": autopersuasion, résignation à la propagande et à la dénaturation, consommation compulsive, échappatoire au réel par le virtuel (jeux vidéos, réseaux sociaux, etc.), drogues, médicaments, etc. D'ailleurs, de manière générale, la laideur de l'art contemporain (incluant l'architecture et la musique), la ruine de la pensée et l'inversion des valeurs le montrent très bien. Ce sont les reflets du système technicien.

 

Par ailleurs, un exemple très simple et logique a été donné par le mathématicien et penseur Theodore Kaczynski, qui prouve que la Technique est aujourd'hui plus mauvaise que bonne. Voici ce qu'il écrit*: "La technologie aggrave les conséquences de la promiscuité en donnant aux gens la possibilité de nuire à leurs semblables. Par exemple, tout un arsenal d'appareils bruyants: tondeuses à gazon, postes de radio, motos, etc. Si l'utilisation de ces engins n'est pas réglementée, les gens qui veulent la paix et la tranquillité sont excédés par le bruit. Si leur emploi est limité, les gens qui les utilisent se sentent frustrés. Mais si ces machines n'avaient jamais été inventés, il n'y aurait ni conflit ni frustration."

 

Prenons encore un autre exemple: nous savons aujourd'hui que les pervers peuvent diffuser leurs perversions par des moyens techniques, à travers des images et des vidéos qu'ils ont prises. Ils contaminent ainsi beaucoup plus de gens qu'ils ne l'auraient pu sans ces appareils. Les affaires pédocriminelles sont les plus sordides puisque les images prises par les pédophiles nécessitent que des enquêteurs les visionnent pour espérer trouver un détail qui leur permettrait d'arrêter ces démoniaques. Ainsi, à cause de la Technique, des hommes se trouvent malgré eux pollués par ces horreurs. Le mal est donc forcément amplifié par la Technique. 

 

Naturellement, certains pourraient nous répliquer qu'à l'inverse les techniques médicales modernes et même les objets techniques utilisés pour enregistrer et renvoyer des images peuvent aussi servir le bien, par exemple pour diffuser plus largement et rapidement l'Évangile de Jésus-Christ. À ceux-là nous répondrions que les techniques médicales sortent a priori de l'ambivalence et d'une critique générale puisqu'elles s'inscrivent dans un domaine particulier qui, normalement, dans son essence, est bon. Mais a posteriori, même la médecine, dans un système technicien, devient aussi ambivalente, puisqu'elle n'est plus seulement une science de vie et de bien, mais aussi de mort et de mal (eugénisme, homicides prénataux, GPA, PMA, euthanasies abusives, etc.). Par conséquent, si même dans un domaine a priori bon comme la médecine les techniques bénéfiques se trouvent contrebalancées par celles qui sont potentiellement nocives, le constat général selon lequel la Technique est aujourd'hui plus mauvaise que bonne doit être maintenu. Quant aux techniques liées aux images et aux déplacements plus rapides qui permettraient une plus grande diffusion de l'Évangile et feraient donc plus de conversions, même à supposer que cette hypothèse soit vraie, on peut la rejeter pour au moins deux raisons: d'une part, parce que ces techniques ont été inventées dans un contexte de rejet massif de Dieu et que même une "bonne" utilisation ne compense pas les mauvaises; et d'autre part, parce que ces techniques ont davantage fait pénétrer une nouvelle forme d'idolâtrie dans les Églises (technolâtrie) qu'elles n'ont contribué à christianiser les sociétés et les individus. Elles ont plutôt mené à nouvelle forme de pagano-christianisme qui n'est pas plus souhaitable que l'ancien modèle des Églises romaine et orthodoxe. Cela est d'ailleurs assez visible dans les églises évangéliques. Nous pourrions aussi ajouter, sans mauvais jeu de mots, que les techniques modernes ont finalement fait bien plus de crétins que de chrétiens. Bref, pour l'Évangile, les écrits, les prédications, voire certains dessins ou peintures (s'ils ne représentent pas Dieu) auraient amplement suffi pour la mission.

 

En substance, nous savons que ce qui fait d'un homme un homme, et qui le distingue clairement de l'animal, c'est sa capacité de penser. Par suite, tout ce qui tend à diminuer, perturber, contrarier, voire remplacer cet acte est une négation l'homme. Or la Technique se dirige précisément vers cette négation.  

 

Pour ces raisons et bien d'autres encore, il faut se résoudre à admettre que la Technique est aujourd'hui plus mauvaise que bonne, et qu'elle est même un rouage majeur du système antichrist. Nous verrons cela se dessiner au fil de nos réflexions suivantes.

 

*Theodore Kaczynski, La société industrielle et son avenir


La "tactique du salami" dans le système technicien

À l'origine, la "tactique du salami" est une expression inventée par un politicien hongrois pour décrire les efforts entrepris par certains "communistes" pour éliminer progressivement, "morceau après morceau", tous les mouvements d'opposition au stalinisme. Par extension, cette expression vient qualifier tous les procédés visant à réduire petit à petit les libertés individuelles et les acquis sociaux ou alors à faire passer graduellement toutes sortes d'opérations immorales et réprouvables qui auraient suscité une certaine réserve, voire une indignation populaire si elles avaient été imposées trop brusquement.

 

Évidemment, le système technicien utilise largement ce procédé, ne serait-ce que pour détruire toute valeur spirituelle ou morale qui entraverait un peu trop sa folle course. Les techniques absolument démoniaques de "procréation humaine" qui se sont développées ces cinquante dernières années – bébé-éprouvette (FIV), mère porteuse (GPA), diagnostic préimplantatoire (eugénisme), etc. – en sont un illustre exemple. En effet, en retraçant l'histoire, on s'aperçoit avec effroi que ce qui pouvait paraître inacceptable un temps, devient acceptable la génération suivante, et ainsi de suite. Il y a donc eu une sorte progression du mal pour habituer les masses aux pires dérives.

 

Il faut savoir que la technique est totalitaire, et qu'elle n'accepte aucune opposition, aucune limite, aucune restriction. Les mots du physicien Dennis Gabor sont ainsi devenus règle: "Tout ce qui est techniquement faisable doit être réalisé, que cette réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable." Par conséquent, ce sont toujours les repères spirituels ou moraux qui bougent au fur et à mesure que les possibilités de la Technique se déploient. Et cela s'applique bien entendu à pratiquement tous les autres domaines techniques, à commencer par la vidéosurveillance qui, elle aussi, a augmenté par paliers, tout en réduisant les libertés individuelles.


Big Brother : la « sécurité » au prix de la liberté

Dans les rues, dans les transports en commun, à l'intérieur comme à l'extérieur des commerces, dans les hôpitaux, et même dans certaines écoles… les caméras se multiplient ! La vidéo-surveillance enregistre nos faits et gestes au quotidien. Nous sommes dans une prison à ciel ouvert.

Une fois encore, la masse a accepté l'inacceptable au nom de la « sécurité » ; le fameux mot magique employé par tous les apprentis dictateurs pour faire passer n'importe quoi. La minorité critique et consciente subit. Ce fut le cas aussi bien pour les passeports biométriques que pour les caméras de surveillance, et ce sera sans doute la même propagande lorsqu'il s'agira d'implanter une puce sous-cutanée au bétail humain. Esclaves modernes, réveillez-vous!


Puce électronique sous-cutanée : future marque de la bête ?

Une puce électronique sous-cutanée est une puce destinée à être insérée sous la peau (d'animaux ou d'humains) permettant de stocker et de diffuser des informations. Celle-ci, avec la miniaturisation (de la taille d'un grain de riz), peut désormais être intégrée à n’importe quel objet ou être vivant. Et bien que plusieurs études américaines aient démontré la nocivité de cette puce (risque de tumeurs malignes ou bénignes), plusieurs projets de loi aux USA – comme celui de la sécurité sociale aux plus démunis –, prévoient à terme la mise en place obligatoire de puce sur les individus souhaitant bénéficier de soins. À noter qu'à Barcelone, les membres du Baja Beach Club se font déjà implanter cette puce qui fait office de porte-monnaie virtuel (les clubbers complètement abrutis par la musique électronique perçoivent cela comme quelque chose de « cool »). En Suisse, on commence déjà à évoquer la possibilité de pucer les délinquants sexuels... avant de passer aux autres ! Bref, nous voilà donc de plus en plus proche de l'avertissement prophétique laissé en Apocalypse XIII, 15-18. Simple coïncidence ?...


Photo et vidéo: le culte des images

C'est l'une des maladies les plus communes de notre époque. Il n'y a en effet pas que "Big Brother" qui aime épier les autres, mais presque tout un chacun. Épier les autres et se contempler soi-même: tel est l'un des nouveaux sens de la vie dans ce système technicien. En particulier depuis l'arrivée des smartphones (vers 2007), presque chacun se veut photographe, vidéaste, spectateur, etc. voire "Big Brother" à la place de "Big Brother". À ce propos, malheur à qui ne filerait pas droit, car désormais chaque citoyen possède une arme redoutable: son smartphone qu'il dégainera sans hésiter en cas de faux pas d'un autre esclave. Les flics et les paparazzis sont désormais partout.

 

Les plus fous ne vivent aujourd'hui que pour l'image. Chaque évènement de leur vie doit être arrêté et enregistré. L'instant présent et surtout les bons moments ne se conçoivent quasiment plus sans un appareil technique pour les figer. Les technolâtres les plus extrémistes voudraient d'ailleurs pousser le jeu plus loin en filmant leur vie tout entière, en continu, comme s'ils fussent à la fois acteurs et réalisateurs de leur propre existence. C'est évidemment une monstrueuse aliénation, mais lorsque les aliénés deviennent majoritaires, gare aux minorités conscientes! Les fous peuvent alors devenir normaux et vice-versa. Nous avons bien des exemples dans l'histoire, et c'est véritablement le cas actuellement.

 

Notons qu'autrefois les Amish avaient proscrit l'utilisation d'appareils photos de leur communauté, parce que ceux-ci risquaient de favoriser le péché, de flatter l'orgueil, et donc de détourner de la vie chrétienne. Leur vision pouvait alors nous sembler quelque peu extrémiste, mais cette communauté chrétienne se mettait au moins quelques limites, parce que ses membres avaient vu plus loin que nous. Chez eux, contrairement à chez nous, ce n'est point l'impératif technique ni l'impératif économique qui doit primer, mais la vie chrétienne et la Bible (en l'occurrence, le passage de l'Exode: "Tu ne te feras point d'image taillée"). Évidemment, photographier peut aussi être utile, ne serait-ce que pour prendre des beaux paysages, reconnaître diverses espèces, etc. Seulement, comme souvent avec les objets techniques, les deux états sont indissociables.

 

Aussi lorsqu'on voit tous les techno-zombies contemporains prendre des selfies, se filmer en continu, vivre dans une flagornerie égocentrique permanente, on se dit finalement que les Amish étaient bien plus lucides que la plupart d'entre nous. D'autant plus que le voyeurisme et l'exhibitionnisme sont désormais devenus monnaie courante dans nos sociétés, et que cela engendre inévitablement un combat de plus pour les enfants de Dieu.

 

Bref, on le sait, la société techno-capitaliste est celle de l'illimité et du déraisonnable, ou plus précisément elle est illimitée là où il faudrait quelques limites, et pose des limites là où la liberté devrait pouvoir s'exercer. Autrement dit, elle inverse tout. Et cela s'apparente à de la folie. Naturellement, les individus qui la suivent sont tout aussi fous qu'elle. Les adorateurs des images sont d'ailleurs devenus si fanatiques que si vous osez mettre ne serait-ce qu'un petit frein à leur irrésistible besoin d'immobiliser le temps et les hommes, en leur refusant par exemple de vous soumettre à leur objectif, alors vous serez immédiatement pris pour un effroyable rabat-joie, un être totalement vieux jeu, complètement dépassé, voire un barbare intolérant (expérience faite). Ceci nous prouve que nos contemporains ont réellement sacralisé la technique et les images, et nous renforce dans l'idée qu'il faut absolument profaner cette nouvelle idole et prendre exemple sur les anciens iconoclastes.


Les gourous de la technolâtrie et le chiffre 666

Nous l'avons dit ailleurs et évoqué plus haut: les gourous de la technolâtrie ou les transhumanistes poussent non seulement les hommes à une nouvelle forme d'idolâtrie, mais ils promettent aussi monts et merveilles, et même une vie éternelle du corps, en opposition à la vie éternelle de l'âme offerte par le Christ à ceux qui croient en son œuvre. La technolâtrie est donc une religion opposée à Christ, autrement dit elle est antichrist. En outre, elle découle du vieux mensonge satanique – à l'origine de la Chute – qui fit croire à nos premiers parents qu'ils pouvaient devenir "comme Dieu" ou "comme des dieux" (Gen. III, 5). À l'inverse, le Christ, le dernier Adam, propose à l'homme de retrouver "l'image de Dieu" en lui (Gen. I, 27). En effet, chercher à devenir "comme Dieu" ou chercher à retrouver "l'image de Dieu" n'est pas du tout la même chose: celui-là vient de l'orgueil et de la volonté de puissance, celui-ci vient de l'humilité et de la sagesse.

 

Or, l'effort visant à devenir comme Dieu (ou comme des dieux) correspond précisément à l'accumulation des 6 (chiffre imparfait) pour atteindre le 7 (perfection). Ce qui donnera toujours le chiffre du mal, à savoir le fameux 666 (voir Regard sur l'Apocalypse). D'où le véritable danger du système technicien et de la technolâtrie.

 

Mais pour ceux qui, malgré nos précédents propos, douteraient encore de la véracité du caractère sectaire ou religieux de la Technique, voici deux petits extraits intéressants que nous avons trouvé dans un livre*:  

 

"Il ne relève pas du hasard que le terme "évangéliste" désigne une récente fonction dans l'industrie du numérique. Apple fut parmi les premières sociétés à employer des personnes dont la "mission" était celle d'"évangéliste". Leur rôle consiste à diffuser la doctrine de l'"augmentation de la vie par la technologie" auprès des entreprises clientes, des responsables politiques, de la presse, mais dans une version correspondant aux intérêts de la société qui les rémunère."  

 

Pour commenter ce premier passage, nous ajouterons simplement que le terme "évangélique" correspondrait sûrement mieux à la réalité. En effet, pour qui connaît un peu le monde évangélique, les meetings dédiés à la Technique ou à la promotion de nouveaux objets technologiques ressemblent à s'y méprendre à certaines grandes conférences évangéliques consacrées à la guérison et à la prospérité: même scène, même show, même préparation, même pensée positive, même ferveur d'une foule venue écouter les boniments de leur gourou, avant de passer à la récole des dons ou à la vente de produits. Ce sont finalement les mêmes techniques de persuasion employées par les gourous de la technolâtrie et ceux de l'évangile dit de la prospérité.  

 

Le second passage que nous avons extrait de ce même livre montre que certains gourous de la technolâtrie se prennent véritablement pour des élus, voire des dieux. En l'occurrence, il s'agit de Steve Jobs raconté par son ami Andy Herzfeld (Bill Gates, Elon Musk, Larry Page, Mark Zuckerberg, etc. n'en pensent pas beaucoup moins):  

 

"Pour Steve Jobs, seules quelques personnes par siècle naissent avec quelque chose en plus que les autres. Et Steve se compte dans le lot… Il vivait dans l'idée délirante, nietzschéenne, d'être l'élu que rien ne doit arrêter, un visionnaire dont la mission est d'apporter aux gens ce qu'ils sont trop stupides pour imaginer. Une fois il m'a dit, très sérieusement, qu'il se considérait comme un être élu et éclairé…"  

 

Steve Jobs n'avait certainement pas tort en disant que "seules quelques personnes par siècles naissent avec quelque chose en plus que les autres". Cependant, en général, les grands hommes éclairés, comme les saints apôtres et les saints martyrs, qui ont réellement apporté quelque chose à l'humanité (pas juste des produits), ne se vantaient pas d'être supérieurs, mais au contraire ils s'estimaient souvent plus bas que ce qu'ils n'étaient réellement, à l'exemple d'un saint Paul qui se qualifiait d'"avorton", de "moindre des apôtres", etc.   C'est ici encore une grande différence entre la religion du Christ et celle du diable.

 

Enfin, nous avons appris récemment qu'Anthony Levandowski, ancien employé de Google et ex-cadre d'Uber, a créé une "Église" qui voue un culte à l'intelligence artificielle**. Cela confirme une fois de plus tout ce que nous avons dit sur la technolâtrie.  

 

*Éric Sadin, La silicolonisation du monde

** Journal La Décroissance (n°152)


La Technique réduit progressivement notre capacité mémorielle et notre libre-arbitre

C'est ici encore un énorme effet pervers de la technique toute-puissante. Si des robots ont progressivement pu remplacer quelques tâches pénibles et répétitives effectuées jadis par des hommes en raison de la division du travail chère au capitalisme, cela n'est vraiment pas regrettable. En revanche, que la technique se substitue toujours plus à notre capacité mémorielle et à notre pouvoir décisionnel pose de sérieux problèmes. Par exemple, la calculatrice nous a permis de faire des calculs plus rapides, mais en même temps et de manière générale, les hommes ont perdu des capacités intellectuelles puisqu'ils font de moins en moins d'effort pour calculer eux-mêmes. De même, nous travaillons de moins en moins notre mémoire, puisque trop souvent, au lieu de chercher dans les tréfonds de notre pensée quelque chose que nous aurions appris, nous préférons faire appel à un moteur de recherche en tapant simplement quelques mots-clés pour nous aider. Cela a bien sûr l'avantage d'être plus rapide, mais c'est encore la machine qui travaille à la place de notre cerveau.

 

Plus graves encore sont les atteintes à notre libre-arbitre, à notre capacité d'appréciation, à notre pouvoir de décision. À ce titre, les plus graves dérives sont évidemment tous les objets dits intelligents qui commencent gentiment à s'imposer. La voiture intelligente qui veut conduire à notre place, le porte-biberon intelligent qui doit nous indiquer comment incliner un biberon pour mieux nourrir bébé, les frigos intelligents qui nous diront tout ce qui manque ou encore les compteurs intelligents qui vont peut-être un jour réguler à notre place notre consommation d'eau, de chauffage, d'électricité, etc. Sans parler des objets connectés et capteurs que certains voudraient insérés partout. Les bracelets connectés pour évaluer notre santé, les lits à capteurs pour nous permettre de "mieux dormir", les balances, les miroirs "intelligents", etc. Autrement dit, la Technique doit décider de tout à notre place.

 

Nous pouvons pour le moment encore refuser ces technologies, mais puisque la technique est totalitaire, elles risquent un jour de s'imposer. Songeons par exemple aux cartes bancaires potentiellement "sans contact". Avons-nous eu le choix d'accepter ou non cette nouvelle technologie? Assurément pas. Elle s'est imposée. Et puisque tout le monde a besoin d'argent, personne n'a rien dit. Preuve de plus que la technique ne se discute pas, mais que sa pratique est quasiment obligatoire.


Les drones: les nouveaux joujoux des techno-zombies

Ils sont laids, potentiellement intrusifs, et produisent un bruit agaçant: ce sont les drones. Ces petits aéronefs à caméra ne servent pratiquement à rien, sinon à amuser quelques adolescents attardés qui voudraient réaliser des images aériennes. Le phénomène risque de s'amplifier ces prochaines années puisque nombre d'entreprises ont décidé de miser des fortunes pour ces engins débiles et inutiles. Elles s'attendent donc à un retour sur investissement. Il s'agit désormais pour elles de faire du marketing afin de fabriquer un nouveau faux besoin pour en vendre un maximum. Il s'agit aussi de mener des actions de lobbying auprès des parlementaires, afin que les lois soient les moins restrictives possible pour les utilisateurs de drones. Et d'ores et déjà, elles peuvent compter sur des lois extrêmement floues et permissives; car les dronards, tout comme les motards, doivent pouvoir jouir sans entrave, quitte à déranger d'autres personnes.

 

Gardons en tête que dans un système techno-capitaliste, la liberté des technolâtres ne doit surtout pas s'arrêter où celle d'autrui commence; celle d'autrui ne doit même pas commencer. De cette façon, les nuisances provoquées par la Technique sont toujours démenties ou minorées par les agents du système, y compris lorsque les effets sur la santé sont avérés, comme par exemple dans le cas des maladies liées aux ondes électromagnétiques (voir l'article ci-dessous). 


Le danger des ondes

Nous avons vu tout le long de cette rubrique à quel point la Technique est une religion totalitaire. Et comme toute dictature, elle s'est d'abord présentée à nous sous ses meilleurs aspects, et nous n'avons donc pas vu ni cherché à découvrir le revers de la médaille ni même songé au fameux "prix à payer" pour tous les bienfaits qu'elle semblait nous apporter. Pourtant, chaque être humain pourvu encore d'une âme et de son libre-arbitre doit sentir au fond de lui que l'ère technologique ou l'ère dite "de la communication" correspond surtout à l'époque où l'homme se dessaisit de lui-même et perd ses relations profondes avec ses semblables et même avec Dieu. En ce sens, l'avancée technologique est synonyme de régression individuelle, spirituelle et sociale. C'est un processus de déshumanisation et de décréation.

 

Aussi la Technique ne pose pas seulement des problèmes existentiels et moraux, mais elle affecte également notre santé physique et mentale. Les ondes électromagnétiques émises par les technologies sans fil sont très dangereuses. Ci-dessous une petite liste de symptômes passagers qui peuvent potentiellement évoluer vers la chronicité*:

 

  • souffrances physiques (impression de décharges électriques dans le corps, de fourmillements, oreilles qui chauffent, sensation cuisante au niveau temporal ou occipital, sensation de "pression dans le crâne", nausées, gorge "serrée", maux de tête…) et psychologiques (anxiété, état dépressif);
  • fatigue, perte d'appétit, insomnie, faiblesse articulaire et douleurs musculaires, malaises ;
  • troubles digestifs, dérèglement hormonal, baisse de l'immunité , état grippal;
  • rougeurs, gonflement de la peau, démangeaisons, irritation oculaire, sécheresse de la partie supérieure de la trachée ;
  • dyspnées, angine de poitrine, troubles du rythme cardiaque, problèmes vasculaires (hypertension, sensations de froid ou de bouffée de chaleur), épistaxis ;
  • dystonie musculaire (contractions involontaires), neurovégétatives, craquements articulaires fragilisation des sutures, épaississement et dysmorphie de la voûte crânienne, sensation de "crispation" au niveau mastoïdien ou maxillo-mandibulaire, bruxisme ;
  • altération de la proprioception, sensibilité aux odeurs, troubles visuels, acouphènes
  • maladresse, troubles de l'élocution, troubles de l'attention et de la mémorisation à court terme, aboulie ;
  •  perturbation de la vie affective, apathie, isolement social, irritabilité, névrose d'échec.  

 * Source: Wikipédia, article "Sensibilité électromagnétique.

 

À cette liste peut s'ajouter encore des conséquences bien plus graves, comme par exemple des tumeurs cérébrales ou des leucémies. Pour l'heure, les scientifiques et les médecins institutionnels se contentent de dire que tous ces symptômes n'affectent qu'une infime partie de la population regroupée sous l'appellation d'"électrosensible". Voilà de quoi rassurer tous les technolâtres. En d'autres termes, seule une catégorie de "malchanceux" ne supporterait pas notre nouvel environnement technique. Tout cela n'est pas très sérieux. Nous voulons bien croire qu'il y ait des personnes plus sensibles que d'autres, mais de là à dire que les ondes seraient inoffensives pour la plupart d'entre nous, il ne faut pas exagérer. Car que l'on soit plus "sensible" ou plus "résistant", les ondes électromagnétiques sont de toute façon mauvaises pour notre santé.

 

Conclusion : un problème sans issue ?!

Arrêter internet et les téléphones portables, cela nous paraît presque inconcevable aujourd'hui! Car que ferions-nous sans eux?…De plus, il n'existe presque plus aucune zone blanche (dépourvue d'ondes) dans nos pays; alors au final à quoi bon cesser nos activités addictives et nauséabondes ?...Et vu les enjeux financiers, on ne voit vraiment pas comment une région pourrait aujourd'hui se passer d'ondes sans tomber dans l'isolement, voire dans la précarité.  Bref, cet esclavage moderne – mauvais pour notre santé – semble presque sans issue pour le moment, tant au niveau individuel que collectif. Une fois de plus, seul un changement radical et global pourrait résoudre ce problème...

 

En attendant, nous ne pouvons que donner raison à notre sœur chrétienne anarchiste Simone Weil (à ne pas confondre avec la politicienne), qui disait très justement: "Il est inévitable que le mal domine partout où la technique se trouve soit entièrement soit presque entièrement souveraine."


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