Le système antichrist

« Vous avez appris que l’Antichrist vient. Or, déjà maintenant, il y a plusieurs antichrists; par là nous reconnaissons que c'est la dernière heure. » (La Bible, I Jean II, 18)


Introduction

Nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer à plusieurs reprises le terme de "système antichrist" sur notre site, sans en dire davantage, en partant du principe qu'il serait compris de tous dans la mesure où il renvoie spontanément à l'idée d'un ensemble de pratiques et d'institutions opposées à Christ, à son œuvre, à sa Loi et à ses disciples. Ce qui est suffisamment visible aujourd'hui. Aussi dans notre rubrique "Regard sur l'Apocalypse" nous sommes-nous déjà penché sur le terme "antichrist", en relevant notamment que cette traduction du grec antikhristos était plus fidèle que le mot '"antéchrist" traditionnellement rendu (l'élément anté- signifie "avant", tandis qu'anti- signifie "contre"). Par ailleurs, nous avons également souligné le fait que saint Jean, dans sa première épître, parle d'antichrist au singulier et au pluriel, mais aussi d'un esprit antichrist.

 

Tout cela va nous servir maintenant pour cet exposé. Car nous avons été comme "poussé" à nous arrêter plus longuement sur ce sujet capital, tant ses effets sont mortels. Dans cette perspective, nous survolerons d'abord rapidement le développement historique du système antichrist avant de montrer à quel stade il se trouve actuellement.

 

Aux origines

Les Saintes Écritures nous révèlent que le Christ existe de toute éternité, puisqu'il s’agit de la Parole ou de l'Esprit de Dieu (cf. Genèse I, 1-2 avec Jean I, 1-2 et VIII, 57-58) manifesté plus tard en chair en la personne de Yeschoua (Jésus), né de la vierge Mariam (Marie), comme cela avait été prédit par le prophète Isaïe environ 700 ans avant l'Incarnation (Isaïe VII, 14; IX, 5; Matthieu I, 23). Le prophète Isaïe avait d'ailleurs aussi annoncé la crucifixion (Isaïe LIII, 4-5). Or, bien avant lui, c'est-à-dire au début des temps, juste après le premier péché de l'Homme, Dieu avait déjà promis qu'un Rédempteur naîtrait d'une femme pour anéantir l'œuvre du diable et donc les effets potentiellement éternels du péché sur les hommes de foi, bien qu'une lutte devait continuer jusqu'à la fin entre les enfants de Dieu et ceux du diable (cf. Gen. III, 15). Par conséquent, il est bien clair que des types d'antichrists ont existé avant l'Incarnation.

 

Au plus loin que l'on puisse remonter, la lutte entre les enfants de Dieu et ceux du diable semble avoir débuté à partir du meurtre de Caïn sur la personne de son frère Abel. Ce fratricide fut motivé par la jalousie et l'orgueil, car l'offrande d'Abel, qui avait sacrifié des animaux, avait plu à Dieu puisqu'elle préfigurait le futur sacrifice de Christ pour nos péchés (Hébreux chap. IX et X), tandis que l'offrande végétale de Caïn ne fut pas agréée dans la mesure où elle ne symbolisait pas la rédemption future, car : "sans effusion de sang, point de pardon", nous dit l'Écriture (Héb. IX, 22). On sait par ailleurs que Caïn fut le premier bâtisseur de ville de l'histoire (Gen. IV, 8, 17) et qu'il peut donc être considéré comme le père spirituel de la société civile et de l'autorité séculière, alors que Seth, le remplaçant d'Abel, est le père symbolique des enfants de Dieu et des partisans de son Royaume (Gen. IV, 25-26).

 

C'est donc ici les deux lignées qui s'affrontent depuis le début de l'humanité: l'une est antichrist et mondaine, l'autre est pour le Royaume de Dieu. Nous n'allons pas reprendre ici toute l'histoire de l'Ancien Testament en détail, mais gardons simplement en tête que la plupart des hommes de l'époque prédiluvienne, puis ceux de Babel (lors de la construction de la tour), de Sodome et Gomorrhe, d'Égypte, de Canaan, mais aussi tous les rois apostats des royaumes d'Israël et de Juda (Jéroboam, Roboam, Achab et Jézabel, etc.), mais encore l'Assyrie, Babylone, l'empire séleucide (notamment sous Antiochos IV Épiphane), etc., étaient tous, d'une certaine manière, antichrists. À l'inverse, Abraham, Isaac, Jacob (père des douze tribus d'Israël), Moïse, Josué, Gédéon, Samuel, David, Élie, Élisée, Jonas, Isaïe, Osée, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Esdras, Zacharie, etc., étaient tous des enfants de Dieu.

 

Ensuite, à partir de l'Incarnation et du récit du Nouveau Testament, on peut voir qu'Hérode le Grand fut le premier antichrist. Ayant appris la naissance du Messie et craignant pour son règne, ce tyran impie fit tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui se trouvaient à Bethléhem, ceci dans l'espoir d'éliminer le Seigneur. Antichrists aussi furent les pharisiens, les sadducéens, les samaritains, les hérodiens et tous les autres membres du peuple juif qui ont rejeté et combattu le Christ, de même que tous les empereurs et les citoyens romains qui sont restés païens. À ceux-là s'ajouteront au fil du temps certains judas des Églises institutionnelles (qui persécuteront beaucoup de vrais frères), mais aussi et surtout divers païens, des bouddhistes, des hindouistes, des islamistes, des nationalistes, des socialistes, des capitalistes, des technolâtres, des laïques, des athées, et ainsi de suite. Bref, par antichrist il faut simplement entendre toutes les personnes, pensées et systèmes qui s'opposent à Christ et à son œuvre, et qui agissent contre sa Parole, son Royaume et ses disciples. Cela nous donne une définition assez large.

 

Les rouages actuels du système antichrist

Parler d'un système antichrist alors que nous avons dénoncé ailleurs un "système technicien" (ou techno-libéral), actif dans tous les pays, pourrait a priori prêter à confusion. Mais en vérité, il suffit simplement de comprendre que le paganisme, les fausses religions, l’athéisme, la décréation, la technolâtrie, la promotion et la tolérance des abominations (pédophilie, homosexualité, féminisme, pornographie, théorie du genre, etc.), ou ce qu'on appelle couramment le "nouvel ordre mondial", de même que toutes les personnes qui portent ces différentes idées ne sont finalement rien d'autres que des rouages antichrists nécessaires au développement et au fonctionnement d'un système bien plus grand. Le système technicien est certes un de ses principaux rouages, mais il n'est pas le seul. Autrement dit, ce sont des réalités inférieures et visibles d'une substance supérieure et invisible qu'on ne peut découvrir qu'avec les yeux spirituels. Pour l'homme du commun, cela pourrait sembler très curieux, car tous ces rouages ne se ressemblent pas forcément et parfois même semblent-ils s'opposer entre eux. Cependant, un Chrétien suffisamment mature ne s'étonnera guère de cette apparente disparité, car il sait bien qu'il existe même des antichrists qui se disent chrétiens.

 

Mais tout bien considéré, et aussi divers soient-ils, tous les antichrists sont identifiables par au moins une valeur commune: leur opposition à Christ, à sa Parole, à son Royaume, et accessoirement à ses disciples. Jésus l'a dit: "Celui qui n'est pas avec moi est contre moi" (Luc XI, 23). Mais il a dit aussi: "S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi." (Jean XV, 20). Ceci nous conduit donc au point suivant.

 

Le "modus operandi" du système antichrist dans le monde

Dans les pays où les régimes antichrists sont les plus primaires (Afghanistan, Arabie Saoudite, Centrafrique, Chine, Corée du Nord, Inde, Iran, Nigeria, Pakistan, Somalie, Soudan, Sri Lanka, Yémen, etc.), les persécutions peuvent toucher aussi bien les chrétiens de tradition que ceux de conversion et de conviction. En effet, les officiers de ces pays ne font généralement pas de distinction entre les "chrétiens"; il suffit donc de porter ce nom ou d'être associé à une Église quelconque pour risquer des poursuites, voire sa vie. Les chrétiens de ces pays sont donc au mieux discriminés de quelque manière, au pire emprisonnés, torturés, violés, assassinés. On estime aujourd'hui à plus de 200 millions* le nombre de chrétiens fortement menacés, ce qui en fait la communauté religieuse la plus persécutée au monde. Mais ce chiffre est en réalité bien en dessous de la réalité, puisqu'il ne tient aucun compte des pays où les persécutions visent exclusivement les Chrétiens de conviction.

 

*chiffre de l'organisation Portes Ouvertes (2019)

 

Qu'en est-il en Occident?

L’esprit de l’antichrist (I Jn IV, 3) est aussi bien à l’œuvre en Occident. Certes, de manière générale, les répressions antichrétiennes ne sont pas aussi violentes et visibles que celles qui ont lieu sous d'autres latitudes. Pour autant, il ne faudrait pas croire que le système antichrist y est absent. Son mode opératoire est simplement différent, plus subtil, mais peut-être aussi plus pervers. Et cela vient en partie de son histoire: car l'Occident a non seulement été constitué par la philosophie grecque et le droit romain, mais c'est aussi et surtout la civilisation où l'Évangile avait jadis le mieux pénétré. D'ailleurs, pendant plus de 1500 ans et jusqu'à récemment encore, la plupart des grands hommes occidentaux étaient attachés de près ou de loin à une certaine tradition chrétienne. Cela laisse évidemment des traces, d'autant que le processus de déchristianisation n'est pas si vieux. Voilà donc en résumé ce qui pourrait expliquer la couleur un peu plus nuancée du système antichrist en Occident.

 

De fait, les chrétiens traditionnels et conformistes, membres d'une Église institutionnelle (souvent apostate), ne risquent pas grand chose en Occident. D'ailleurs, il faut se souvenir que même sous l'empire romain des premiers siècles (pourtant parfaitement païen et antichrist), les chrétiens qui s'assimilaient à l'empire et se soumettaient à ses pratiques ne risquaient généralement pas grand chose non plus. En revanche, les Chrétiens de conversion et de conviction, c'est-à-dire ceux qui avaient réellement foi en Christ et qui voulaient s'engager en tant que disciples véritables, risquaient des poursuites ou la peine de mort, soit en refusant de sacrifier aux idoles ou de se conformer à certaines lois païennes. Plus tard, ce type de Chrétiens se feront à nouveau persécuter après que l'empire romain se fut transformé en une sorte d'empire "pagano-chrétien".

 

Pareillement, bien que la chose passe souvent inaperçue, il y a aujourd'hui des persécutions en Occident contre les Chrétiens de conviction. Certes, ceux-ci ne sont pas directement mis à mort, mais le simple fait qu'ils puissent, par exemple, s'opposer à certains aspects du techno-libéralisme et à ses normes abjectes les exposent à bien des difficultés: cela peut aller de la simple poursuite pénale à la marginalisation (et par suite à l'appauvrissement). En effet, dans certains pays occidentaux nous voyons d'ores et déjà des Chrétiens censurés et poursuivis pénalement pour avoir osé répéter, par exemple, ce que la Bible dit de l'homosexualité. Il s'agit là évidemment d'une persécution antichrist.

 

Par ailleurs, les conséquences peuvent être encore plus pénibles pour l'infime minorité de Chrétiens qui verraient à juste titre la marque de la Bête (666) se réaliser dans la technolâtrie actuelle, et qui, par conséquent, viendraient à refuser certaines techniques jugées trop liberticides et antichrists. Cela s'apparente un peu à ce qu'avaient pu subir certains chrétiens hétérodoxes dans la Russie des XVIIIe-XIXsiècles, comme les Molokanes, les Doukhobors et surtout les Begouns (qui inspirèrent Tolstoï), lesquels furent violemment persécutés pour avoir refusé de se soumettre (plus qu'il n'en faut) au système. Poussés à bout, certains d'entre eux s'étaient même brûlés vifs en signe de résistance au tsar (vu comme antichrist), tandis que d'autres, en refusant les passeports (contrôle antichrist) et l'utilisation de l'argent (une des marques de la Bête), étaient marginalisés et contraints à la plus grande misère.

 

Aujourd'hui, les Chrétiens d'Occident qui se voudraient vraiment fidèles à la Parole et à l'Esprit du Christ risquent plus ou moins la même chose. Car il y a en effet toujours plus de techniques imposées par les États et les grands groupes privés qui sont fondamentalement antichrétiennes, dans la mesure où elles sont des attaques frontales contre la foi, la liberté chrétienne et même le libre arbitre de l'homme. Or, la Bible dit que c'est "pour la liberté que Christ nous a affranchis", ajoutant qu'il faut demeurer ferme et ne pas se laisser mettre sous le joug de la servitude (Gal. V, 1). Bien entendu, la liberté chrétienne est avant tout spirituelle et ne ressemble donc en rien aux fausses libertés du monde (comme les "libertés" économiques et "sexuelles" qui sont en réalité des chaînes de la servitude), mais elle n'est pas non plus désincarnée. Par conséquent, il va de soi que tout ce qui tend à trop asservir ou enchaîner l'homme, tout ce qui entrave les vraies libertés, est une œuvre satanique. Ainsi les passeports biométriques (et la biométrie en général), la vidéosurveillance, les cartes bancaires imposées (puisque l'homme ne peut plus recevoir son revenu autrement), les puces NFC ou RFID, les capteurs, et bien d'autres techniques malfaisantes de notre époque sont des intrusions que les Chrétiens devraient normalement être amenés à combattre ou à refuser avec tous les risques de discrimination, d'exclusion et de paupérisation que cela engendre.

 

En d'autres termes, de même que les premiers Chrétiens étaient violemment tourmentés parce qu'ils refusaient l'idolâtrie, de même les Chrétiens d'aujourd'hui risquent de vivre au moins quelques tribulations en refusant certaines pratiques technolâtriques.

 

Nous pourrions encore évoquer d'autres aspects plus larges et tangibles qui montrent à quel point la haine antichrist est présente en Occident. Que ce soit les blasphèmes contre le Christ, les outrages et les calomnies contre le christianisme sous toutes ses formes (en plus, souvent émis par des vaniteux dont l’idéologie a été bien plus meurtrière en deux siècles que le pseudo-christianisme en plus d'un millénaire); les lapins, les œufs, et les différentes marchandises pour railler les commémorations de la Passion du Christ, ou encore des églises, des cimetières et des croix parfois saccagés et profanés. Bref, tout cela n'a rien d'anodin. Il suffit également d'observer ou d'entendre la musique contemporaine ou ce qu'on ose appeler la culture, les "arts", les sciences, les techniques, les médias, les "penseurs" pour réaliser à quel point tout (ou presque) est devenu antichrist en Occident. Seuls restent quelques traditions, symboles, vestiges qui nous rappellent qu’une certaine présence chrétienne avait vécu en Occident.

 

Plus rares, mais aussi réels, sont les crimes sataniques souvent commis contre des chrétiens de conviction ou de tradition.

 

Tout cela nous indique très clairement que le système antichrist est bien à l'œuvre en Occident. Mais encore une fois, ce sont surtout les Chrétiens qui prennent la Bible au sérieux et qui veulent être conduits par l'Esprit qui sont le plus menacés.

 

D’où vient la haine antichrist ?

Partout dans le monde, la majorité des chrétiens sont plutôt pacifiques et de bonnes mœurs. Les Chrétiens qui étaient prêts à la guerre sainte pour le Royaume de Dieu (disposition qui n'est pas forcément moins légitime que celle des pacifistes) ont pratiquement disparu. Par conséquent, la haine antichrétienne n'a généralement d'explication que spirituelle. Les hommes qui refusent la Grâce offerte en Jésus-Christ s'endurcissent progressivement et, sans forcément s'en rendre compte, viennent à œuvrer pour le royaume des ténèbres.

 

Il faut cependant être honnête et tenir compte du fait qu'il existe aussi, il est vrai, une autre forme (certes très minoritaire) de haine "antichrétienne" qui ne s'inscrit pas directement dans le système antichrist. Cette haine est d'ailleurs plus compréhensible, quoiqu'elle se trompe d'objet. Elle vient généralement de personnes qui ont été abusées dans leur enfance par des antichrists qui faisaient profession de servir Dieu. Ces victimes n'ont malheureusement connu le christianisme qu'à travers des imposteurs et il paraît donc assez naturel qu'elles aient développé un sentiment de répugnance à l'encontre de tout ce que ces hommes étaient censés représenter. Nous savons ce que le Seigneur dit à propos de ceux qui scandalisent les enfants, et plus encore de ceux qui ont cru en lui (Matthieu XVIII, 6); non seulement il faudrait les punir sévèrement sur Terre, mais le Seigneur, soyons-en sûrs, se chargera d'eux. Il nous paraissait donc utile de faire cette digression afin de ne pas confondre les personnes blessées qui peuvent développer une certaine haine antichrétienne (et pour qui il faut avoir plus d'écoute et de compassion, malgré des propos parfois difficiles), des antichrists majoritaires qui sont nos ennemis (mais qui peuvent aussi arriver à une repentance).

 

Comment être sûr qu'il s'agit bien du système antichrist ?

Outre ce que nous avons déjà pu dire, il y a encore au moins deux preuves essentielles qui nous confirment que nous avons bien affaire à un système antichrist mondial. La première preuve se trouve dans le déchiffrement du fameux 666, le chiffre de la Bête immonde, c'est-à-dire du pouvoir mondain et satanique qui est aussi, comme le dit l'Écriture, un nombre d'homme (Ap. XIII, 17-18). Car c'est en effet l'orgueil humain et sa volonté de puissance qui ont nourri la "Bête" et lui ont permis de grandir. Pour rappel (nous l'avons dit ailleurs), le 6 est le chiffre imparfait, le 7 celui de la perfection: le triple 6 signifie donc l'accumulation des imperfections pour essayer d'atteindre le 7, c'est-à-dire la perfection. Une lecture spirituelle de certains passages bibliques nous apprend que Satan, qui était à l'origine un ange de lumière (Lucifer), est tombé en premier dans la déchéance en cherchant à devenir comme Dieu (Isaïe XIV, 12-15; Ézéchiel XXVIII, 12-17; Luc X, 18). Il aurait entraîné dans sa chute un tiers des anges (cf. Ap. XII, 4). Il a ensuite trompé nos premiers parents en séduisant d'abord la Femme pour qu'elle séduise à son tour l'Homme, afin que tous deux transgressent la seule interdiction divine qu'il y avait dans le jardin d'Éden. Pour ce faire, le serpent ancien a procédé comme suit: d'abord en semant le doute ("Dieu a-t-il vraiment dit…?), puis en rendant Dieu menteur ("vous ne mourrez pas"), et enfin en flattant leur orgueil, en disant qu'en violant la seule Loi divine d'alors ils pourraient devenir comme Dieu (Gen. III, 1-7). Et ce fut ainsi le premier péché et la Chute de l'Homme. Par suite, tous les empires et tous les hommes déchus ont fait de même en écoutant Satan, en suivant l'orgueil et la volonté de puissance, et ils se sont effondrés les uns après les autres. Le Surhomme de Nietzsche et des nazis était aussi de cet ordre-là. En vérité, tous ceux qui suivent ce chemin sont des antichrists, car précisément le Christ est venu pour nous sauver et nous éclairer sur le chemin à suivre en vue de retrouver, par la foi et l'humilité, l'image de Dieu qui est en nous. En effet, chercher à retrouver l'image de Dieu en nous (Gen. I, 26), et chercher à être comme Dieu (Gen. III, 5) n'est pas la même chose. L'un vient de Christ, l'autre de Satan.

 

Or, le capitalisme, le tout Technique, l'intelligence artificielle, le transhumanisme, et toutes les autres folies mondaines de ce genre sont précisément issues de cette généalogie du mal et de ce vieux mensonge satanique qui a toujours voulu faire croire à l'homme qu'il pourrait devenir comme Dieu. Voilà donc en gros à quoi correspond le 666.

 

La deuxième preuve est encore plus flagrante, car elle ne nécessite aucune herméneutique. En vérité, il faudrait être parfaitement aveugle spirituellement pour ne pas la voir (surtout en Occident). Pour le dire très simplement, tout ce que la Bible appelle "péché" est aujourd'hui encouragé et même érigé en vertu, et vice-versa. Nous n'allons pas dresser une liste complète car elle serait bien trop longue et inutile. Mais nous voyons suffisamment bien que l'orgueil, l'avarice, l'homicide prénatal, la pornographie, l'homosexualité, la féminisation, l'exhibitionnisme, le voyeurisme, l'usure, l'idolâtrie, le vol, le mensonge, la tromperie, la traîtrise, la malhonnêteté, l'impiété, l'injustice, etc., ont été normalisés aujourd'hui. Or, la Bible qualifie tout cela de péché. Il n'y a donc pas de preuve plus formelle pour nous montrer que nous vivons bien dans un système antichrist, pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de crime plus satanique que celui qui consiste à inverser le bien et le mal. Les personnes qui font cela s'opposent de la manière la plus radicale à l'œuvre salvatrice de Christ. En effet, la Bible affirme que nous sommes tous des pécheurs et donc que nous avons tous besoin de la grâce de Dieu en Jésus-Christ. Et celle-ci ne peut s'obtenir qu'en se reconnaissant pécheur, en faisant pénitence, et en plaçant notre foi en Jésus-Christ. Or, que se passe-t-il si le poison qui nous fait mourir corporellement et qui en plus a le potentiel de "tuer" notre âme pour l'éternité, vient à être présenté comme quelque chose de bien? Il se produit simplement une mithridatisation générale qui fait que toujours plus de personnes s'accoutument au poison et ne se rendent pratiquement plus compte qu'elles s'empoisonnent quand elles pèchent. Ainsi leur conscience s'en trouve étouffée et la syndérèse ne joue plus son rôle.

 

Par suite, qui dit mithridatisation ou conscience étouffée dit aussi impénitence. Car pour aller au pied de la Croix, pour se repentir et pour espérer répondre favorablement à la Grâce qui nous appelle tous, il faut au minimum avoir conscience d'être pécheur. On pourrait d'ailleurs relever ici que, sous certains aspects, touchant aux péchés individuels qui n'ont d'incidences que sur les agents eux-mêmes, les chrétiens ne sont pas toujours forcément moins "pécheurs" que les autres. Cependant, ce qui les distingue radicalement des autres c'est précisément qu'ils se savent pécheurs et donc dépendants de la Grâce, et c'est ainsi qu'ils sont justifiés. Comme le disait très justement Martin Luther: "simul justus et peccator, semper penitens" (à la fois juste et pécheur, toujours pénitent). Le "toujours pénitent" ici change tout, car c'est à travers la pénitence que nous pouvons rester sous la Grâce, tout en progressant bien sûr dans la sanctification et les bonnes œuvres (qui en sont les signes).

 

Mais pour revenir à notre sujet, si nous ne voyons plus nos péchés, si nous n'en avons plus la sensation, si la syndérèse n'agit plus comme il faut, comment pourrions-nous être toujours pénitents? Voilà précisément l'artifice le plus pernicieux du diable, car on sait que les pécheurs impénitents redoublent leurs péchés et se privent en même temps de la grâce de Dieu en Jésus-Christ et donc de la vie éternelle. En conséquence, c'est la mort éternelle qui les attend (voir notre rubrique "Condamné à mort"). Les pécheurs "mithridatisés" n'en restent pas moins responsables devant Dieu, puisqu'ils ont le libre arbitre et ont accepté volontairement de croire que le mal était bien. Cependant, il est évident qu'il devient toujours plus difficile de résister au péché et même de se voir tel qu'on est dans une société où tout est inversé, c'est-à-dire où les penchants les plus mauvais de notre nature peccamineuse sont mis en avant.

 

Il n'y a donc pas de preuve plus grande qui nous confirme que nous vivons bien dans un système antichrist.

 

L’expansion du système antichrist est-elle inéluctable ?

Pour terminer, il nous semble nécessaire de traiter cette dernière question afin de mieux saisir comment le système antichrist a réussi à s’imposer et à s’étendre de cette manière. Commençons déjà par dire que les antichrists d'aujourd'hui ne sont pas forcément pires que ceux d’hier, mais simplement leurs moyens de nuisances ont considérablement augmenté, et c'est pourquoi ils sont devenus potentiellement plus dangereux. Aussi, avec l'intelligence artificielle et le changement total de paradigme (le mal changé en bien), cela risque de dégénérer toujours plus.

 

D’autre part, étant donné que le système antichrist est associé à la fin des temps, nous aurions raison de penser que nous sommes plus proche que jamais de l'apocalypse. Pourtant, nous l'avons dit ailleurs, la fin des temps est toujours conditionnelle, car elle aurait pu arriver à n'importe quelle époque dans la mesure où elle est liée au comportement des hommes. Les prophéties négatives ne sont pas inéluctables. Notre position se trouve d’ailleurs confirmée par le passage biblique que nous avons cité plus haut où saint Jean écrit: "Vous avez appris que l’Antichrist vient. Or, déjà maintenant, il y a plusieurs antichrist; par là, nous savons que c'est la dernière heure." Si les prophéties négatives sur la fin des temps seraient, comme beaucoup de théologiens et de chrétiens le pensent, voulues et fixées par le Créateur, c'est-à-dire inéluctables, il faudrait alors dire que saint Jean s'est trompé en écrivant "c'est la dernière heure" à son époque, à moins bien sûr de considérer qu'une dernière heure puisse durer au moins mille neuf cents ans. Ce qui n'est bien sûr pas acceptable. En revanche, ce texte ne pose aucun problème si l'on admet que la dernière heure est toujours en suspens, c'est-à-dire que l'apocalypse et le retour de Jésus-Christ pouvaient venir n'importe quand, et que l'on a pu voir des signes à chaque époque précisément parce que tout dépend du comportement des hommes face aux antichrists.

 

Mais alors, n'est-ce pas contradictoire de dire que l'apocalypse n'est pas inéluctable tout en reconnaissant en même temps que nous sommes aujourd'hui plus proche de la fin? Nullement. Mais voici la clé pour comprendre: au premier siècle déjà, le système antichrist existait de manière flagrante, et les chrétiens enduraient les pires supplices; non seulement il y avait plusieurs antichrists, mais aussi un système. Cependant, son développement était fortement entravé par le fait que les Chrétiens agissaient comme de vrais disciples de Jésus-Christ. Ainsi le mal ne pouvait pas atteindre son apogée et l'apocalypse se voyait reportée. Par la grâce de Dieu, les Chrétiens ont réussi ensuite, petit à petit, à faire tomber la Bête de l'époque, c'est-à-dire l'empire romain, mais malheureusement celui-ci a réussi plus ou moins à se relever en absorbant le christianisme (ce qui a donné naissance aux Églises institutionnelles et syncrétistes).

Mais aujourd'hui le système antichrist peut arriver à son paroxysme parce que les chrétiens ne sont plus assez actifs pour l'entraver. En vérité, dans ce qu'on ose encore appeler des "Églises", les loups et l'ivraie sont aujourd'hui plus nombreux que le bon blé et les brebis; ceux-ci sont d'ailleurs si éparpillés, divisés et si peu actifs qu'ils ne constituent plus une force suffisante pour faire basculer la tendance.

 

En outre, la plupart des "Églises" visibles sont regroupées dans deux principales familles:

 

L'une pourrait être qualifiée de "prostituée de Babylone", nom qui convient à toutes les Églises institutionnelles, collaboratrices et apostates qui ont traversé l'histoire (et pas seulement l'Église romaine), et qui correspond aujourd'hui à toutes celles qui se vendent au monde (donc au système antichrist). Ce sont des Églises mortes qui n'ont pratiquement plus aucune substance chrétienne tant elles se sont souillées.

 

L'autre famille d'Églises pourrait être qualifiée de "Passive" ou de "Conformiste". Dans ce type d'Églises, on ne collabore pas directement avec le système antichrist, mais on s'y conforme indirectement. On peut y trouver encore quelques chrétiens assez sincères, c'est-à-dire qui croient en la Grâce seule, par la foi seule, en Jésus-Christ seul, mais qui adoptent une théologie opportuniste pour éviter toute confrontation trop directe avec le système antichrist. Ainsi ces chrétiens resteront passifs parce qu'ils diront précisément que "tout était écrit d'avance", que toutes les prophéties – même négatives – sont inéluctables pour justifier leur passivité (y compris dans le discours). D'ailleurs, certains d'entre eux peuvent même prétendre, au fur et à mesure que le système antichrist se développe, que c'est bien là une preuve que la prophétie est inéluctable. Ces gens ressemblent un peu à des hommes qui, devant une maison en flammes, et au lieu d'essayer d'éteindre l'incendie (pour éventuellement construire à sa place une maison plus belle et plus solide), nous diraient: "c'était écrit, il n'y a rien à faire"; et qui, à mesure que la maison se consumerait, pousserait leur cynisme jusqu'au bout en réaffirmant à chaque fois: "je vous l'avais bien dit qu'il n'y avait rien à faire." C'est là une attitude absolument insupportable, mais qui est très courante dans cette famille religieuse.

 

En général, ces chrétiens s'opposent évidemment à toute idée de Royaume de Dieu que les frères devraient préparer et ils attendent plutôt un enlèvement au ciel avant l'apocalypse. Par ailleurs, ces croyants critiquent généralement l'idolâtrie des grandes Églises institutionnelles sans se rendre compte qu'ils pratiquent eux aussi une forme d'idolâtrie: la technolâtrie. Ces églises sont en effet souvent remplies d'objets techniques (écrans, grandes lumières, amplificateurs, etc.) qui viennent remplacer les anciennes images et statues.

 

On l'aura compris, aucune de ces deux familles ne sont réellement des Églises à proprement parler. Car comme nous l'avons montré, l'Église (Ekklesia) signifie "assemblée hors [du monde]". C'est pourquoi, même si l'Église universelle et invisible existera toujours, ses manifestations extérieures et visibles, tant qu'elles n'existent pas – ou tant qu'elles sont remplacées par des impostures –, c'est-à-dire tant que les chrétiens ne retrouvent pas une foi solide et une communion réelle dans ce monde, il sera difficile d'empêcher le développement du système antichrist. Voilà pourquoi le système antichrist progresse tout à son aise, car il n'a face à lui que trop peu d'adversaires. La fin des temps ne peut arriver qu'avec le concours des hommes, à la fois de ceux qui agissent pour le mal et de ceux qui y consentent par leur silence, leur lâcheté et leur passivité. C'est peut-être la raison pour laquelle le Seigneur a dit: "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" (Luc XVIII, 8).

 

Nous essayons quant à nous de faire en sorte, selon nos modestes moyens, que la foi reprenne et que la tendance s'inverse. Et nous espérons toujours contre toute espérance…


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