Regard sur l'Apocalypse

« Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre. Car le temps est proche. »

(La Bible, Apocalypse XXII, 10)


Introduction

L'Apocalypse est le dernier livre du Nouveau Testament et donc de la Bible des chrétiens. Il aurait été écrit par saint Jean, alors âgé d’environ 80 ans et exilé sur l'île de Patmos, vers la fin du premier siècle. Le mot apocalypse vient du grec apokálupsis, qui signifie action de dévoiler, de révéler, de faire connaître ce qui était caché. Dans un langage hautement symbolique et imagé, il semble décrire les évènements qui amèneraient l’histoire de l’humanité à son terme, et comprend la révélation de Jésus-Christ lors de sa seconde venue pour le jugement final. 

 

Principalement prophétique, l'Apocalypse contient peu d'informations historiques en dehors de quelques chapitres. Les sept Églises auxquelles les lettres étaient adressées venaient toutes d’Asie Mineure (la Turquie moderne). Jean y aurait vraisemblablement oeuvré avant son exil.  

 

Résumé du Livre 

L'Apocalypse est, dans un sens, une révélation de Jésus-Christ dans sa gloire, en contraste avec son "abaissement" décrit dans les quatre Évangiles. Le Maître y  est présenté sous différents qualificatifs : l'alpha et l’oméga (Ap. I,8), celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant (I,8), le premier et le dernier, et le vivant (I,18), le Saint et le Véritable (III,7), l’Amen…le principe de la création de Dieu (III,14), le lion de la tribu de Juda (V,5),  l’Agneau (VI,1 ; VII,17), la Parole de Dieu (XIX,13), le Roi des rois et Seigneur des seigneurs (XIX,16), le commencement et la fin (XXI,6), etc. Si bien que l'on pourrait presque décrire l'Apocalypse comme un livre christologique.    

 

Mais il est surtout connu comme un livre eschatologique (doctrine de la fin des temps). Il s’adresse aux Églises d'Asie Mineure du premier siècle, mais aussi aux Églises de tous les âges, en particulier de la fin des siècles. Il donne aux chrétiens divers avertissements, en les invitant à s'éloigner du compromis, de la tiédeur. De nombreux passages décrivent plusieurs fléaux qui viendront sur un monde totalement corrompu, impie et rebelle à Dieu ; comme un appel  à résister au monde en toutes circonstances. L'auteur y développe aussi un regard très critique à l'égard du pouvoir en général et, plus particulièrement, d'un pouvoir mondial présenté comme d'essence parfaitement satanique. Dans un tel climat, aucune collaboration n'est possible pour le chrétien, et cela l'amène à s'exposer à bien des désagréments : de la simple mise à l'écart du système et des circuits économiques à la mort violente (Ap. XIII s.). Nous y découvrons donc une configuration sociale, politique et économique particulièrement démoniaque, effrayante et tyrannique, où l’Église aura apparemment échoué dans sa mission première de convertir toutes les nations (Mt. XXVIII, 19). Dans ce contexte, seul reste l’espoir du retour du Christ qui détruira le diable.

 

Puis enfin, le jugement des méchants et des justifiés, l’abolition de la mort et du séjour des morts, et le Règne final : la nouvelle Jérusalem (céleste), la gloire du Ciel et des temps éternels (XX-XXI). 

 

Question d'interprétation 

Il y a bien entendu plusieurs interprétations de l’Apocalypse. Il va de soi que nous ne pourrons pas toutes les analyser. Mais parmi elles, quelques théories valent vraiment la peine d’être examinées d’un peu plus près, puisqu’elles s’insèrent dans l’objectif que nous poursuivons dans ce site. Jetons-y donc un bref coup d’oeil :

 

LE MILLENIUM 

Un des points les plus débattus en ce moment tourne autour du « Règne messianique de mille ans » évoqué en Apocalypse XX, pendant lequel Satan serait lié. Il comprend généralement trois grandes interprétations : l’amillénarisme, le prémillénarisme, le postmillénarisme.

 

L’amillénarisme (le préfixe a- signifiant sans) considère que le Règne de mille ans est une allégorie qui doit juste être compris comme une longue durée, voire une éternité, faisant référence à la fin.

 

Le prémillénarisme (le préfixe pré- signifiant avant) suppose que le Christ reviendra avant, pour dominer sur terre mille ans au sens littéral, pendant lesquels Satan sera lié. Ce dernier sera ensuite délié pour une dernière bataille. Après quoi seulement viendra la fin.

 

Le postmillénarisme (le préfixe post- signifiant après) interprète le millenium comme un âge d’or du Christianisme sur terre, ce qui empêcherait l’Esprit du Mal d’agir à son aise à travers les hommes. Satan y serait donc aussi lié. Selon cette explication, Christ reviendrait après le millenium.

 

Bien que nous ne nous reconnaissions dans aucun de ces systèmes, s’il nous fallait nous décider entre ces trois, c'est sans doute le moins populaire d'entre eux que nous choisirions : le postmillénarisme. Et ceci pour la simple et bonne raison que c'est la seule interprétation du millenium qui pourrait éventuellement pousser les chrétiens à devenir acteurs plutôt que spectateurs des évènements. Les autres interprétations partent du postulat que Dieu fait l’histoire et qu’il n’y a donc rien à faire  pour empêcher le chaos à venir. Certains se confortent dans l'idée  qu’ils pourront  échapper aux fléaux décrits dans l’Apocalypse par une sorte d’avant retour du Christ : l’Enlèvement. Selon cette doctrine, plus particulière aux prémillénaristes, les fidèles seront enlevés directement au ciel par le Seigneur avant les tribulations et avant même Sa Parousie. De façon implicite, cette interprétation permet à ces chrétiens de ne pas trop se préoccuper de ce qui se passe autour d’eux, puisque le pire à venir signifie peut-être aussi le meilleur : une fuite directe au ciel !

 

DÉCRYPTAGE DES SYMBOLES 

Certains symboles de l'Apocalypse peuvent être expliqués. Nous nous sommes inspirés ici principalement des travaux de Jacques Ellul.

 

Les deux bêtes et la Grande Babylone

La Bête qui monte de la mer symbolise l’État, voire une fédération d’États, et celle qui monte de la terre représente la propagande et la police. Toutes deux viennent du Mal. La chute de la Grande Babylone signifie la destruction du règne politique en lui-même (et non pas seulement du pouvoir romain). Ainsi est affirmé, dans l’Apocalypse, mais aussi dans toute l’Écriture, le caractère diabolique du pouvoir politique. Au risque de se répéter un peu, nous persisterons à dire que la Bible ne délivre pas un message de soumission aveugle aux divers pouvoirs d’État, ni même un message apolitique, d’indifférence et de désintérêt envers les questions politiques, mais un message anti-politique, qui incite à la résistance et à la lutte contre l’État et contre le pouvoir, en raison de son caractère satanique.

 

Le chiffre de la Bête

Le décryptage du chiffre de la Bête, le 666, a donné lieu à toutes sortes d’interprétations aussi intéressantes que fantaisistes. Par exemple, la méthode dite gématrique a produit d'innombrables résultats, depuis « Néron-César » jusqu'à Hitler. Mais, selon Ellul, la signification de ce chiffre serait nettement plus facile à comprendre : à savoir l'opposition du 6 à 7, celui-ci étant le chiffre de la perfection, le 6 celui de l’imperfection. L’accumulation de ce nombre correspondrait à la capitalisation des imperfections qui, par cette voie, essayerait d'atteindre le 7, en démultipliant des « 6 ». C’est-à-dire d'atteindre la perfection et de se faire prendre pour Dieu. Mais justement, celui qui imite Dieu dévoile ainsi sa propre imperfection. Ce n'est pas forcément là une opposition « humain-divin », mais un mouvement plus général entre Dieu et ce qui entre en concurrence avec Lui, ce qui imite ce que Jésus-Christ a fait, et qui s'établit comme Dieu sur la terre. C'est là le sens possible de "666", qui vise peut-être le pouvoir politique, technique, économique, et tout ce qui agit par propagande pour provoquer l'adoration.  

 

Concernant la marque évoquée au verset 16 (chap.XIII), il s’agit, selon nous, d’abord d’une marque spirituelle (front), mais qui pourrait aussi très bien se concrétiser matériellement (main) avec une micro puce sous-cutanée ou autre. «C'est ici qu'intervient la sagesse » (XIII, 18), nous dit le texte. Mais en fin de compte, la sagesse ou le discernement ne portent pas nécessairement sur le décryptage du nombre "666" lui-même, mais plutôt de ce qui se passe autour de nous. Concrètement l'exhortation pourrait signifier : regardez donc, aujourd'hui, à quoi s'applique ce nombre ?…

 

Les quatre cavaliers (Apocalypse VI)

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse paraissent représenter l’ensemble des « forces » qui font l’histoire humaine. Une histoire qui ne semble pas vraiment avoir de sens, de chemin tracé, de raison. Elle se joue, se répète parfois, mais sa signification reste le plus souvent obscure. Fréquemment meurtrière et insensée, elle nous montre par là qu’elle n’est pas écrite par Dieu – même s’Il y intervient parfois – mais par l’Homme.

 

Le cheval rouge (ou roux) représente la puissance politique et guerrière : Son cavalier a le pouvoir d’enlever la paix.

 

Le cheval noir, la puissance économique : Son cavalier tient une balance et mesure. Il spécule sur les matières premières et provoque pauvreté et famine.

 

Le cheval verdâtre (ou livide) : Celui qui le monte se nomme la mort, et le séjour des morts l’accompagne. Vraisemblablement il représente la mort – physique ou spirituelle – et tout son cortège de maladies,  pouvoirs occultes et fausses religions.

 

Le cheval blanc : Incontestablement le blanc symbolise toujours dans la Bible le salut, la vie, la pureté, la sainteté. Pourtant, le cavalier qui monte ce cheval est identifié de bien des manières. Certains vont jusqu’à l’identifier à l’Antichrist ! On se demande bien comment ! Pour nous, il est certain que ce cavalier a un rapport direct avec le Christ et Sa Parole. Il pourrait donc s’agir de l’Église triomphante, en course pour installer les prémices de la Christocratie (« Il partit en vainqueur pour vaincre »). À noter aussi que ce cheval blanc réapparaît au chapitre XIX et qu’il y est cette fois-ci monté par le Christ lui-même. Ceci prouve bien qu’il y a une relation entre les deux.

 

L’Antichrist

Contrairement aux idées reçues, le mot antichrist – du grec antikhristos, « opposé » ou « contre » Christ (terme plus adéquat que l’habituelle traduction française antéchrist) – n’apparaît pas littéralement dans l’Apocalypse. Il se trouve dans les épîtres de Jean. Ceci dit, d’aucuns l’assimilent à la Bête. Dans une de ses épîtres, Jean nous parle d’antichrists au pluriel : Ce sont tous ceux qui, du premier siècle au dernier, se sont élevés (et s’élèvent) directement ou indirectement contre le Christ. Il peut s’agir aussi bien de personnages, de pensées, de “systèmes”, etc. (I Jn. II, 18-22 ; IV, 3). Il nous parle également d’un esprit antichrist : Il s’agit là d’une mentalité d’opposition à Christ qui se manifeste de diverses manières. Est-ce donc un hasard si aujourd’hui encore les chrétiens restent la communauté la plus persécutée de par le monde ? (voir la rubrique Antichrist & Persécution)  

 

Il semblerait toutefois que ces antichrists tendront un jour à s’incarner dans une forme plus singulière et plus perceptible : l’Antichrist. À ce propos, beaucoup de commentateurs pensent qu’il s’agirait d’une sorte de dictateur à la tête d’un gouvernement mondial. Mais nous pensons qu' il pourrait aussi bien symboliser une entité : par exemple une forme de démocratie  mondiale du mal – ou de technocratie – dans laquelle l’essor de la technologie et le « progrès » scientifique se prendraient pour Dieu, et ferait de chaque individu le fonctionnaire déshumanisé d’une machinerie parfaitement diabolique où quiconque s’opposerait se verrait persécuté.

 

 


Conclusion : l'Apocalypse à tous les temps

Le livre de l'Apocalypse, comme bien d'autres, ne pourrait être compris sans connaissance du reste de la Bible. Car il y a plusieurs renvois et plusieurs bouts à mettre ensemble. De plus, comme nous l'avons déjà dit, ce livre parle souvent dans un langage imagé et symbolique. Il serait donc bien prétentieux de prétendre pouvoir expliquer tous ses mystères. Aussi l’avertissement du chapitre XXII de ne pas ajouter ou retrancher quelque chose de ce livre nous invite-t-il à ne pas être trop affirmatif. Cependant, ce résumé  met au moins en évidence les points qui ressortent assez clairement, permettant ainsi de donner une grille de lecture à ceux qui souhaiteront en approfondir l’étude.

 

Relevons que si nous avons choisi de conclure cette rubrique avec le titre « Apocalypse à tous les temps » c’est qu’il nous semble assez clair que l’Apocalypse, sans être un verbe, se conjugue à tous les temps (comme pratiquement toute la Bible d’ailleurs).

 

Dans le passé, puisqu’il est certain que Jean écrivait d’abord à l'intention de ses contemporains à propos des persécutions romaines qu’ils subissaient. Aussi, tous les hommes de tous les temps ont cru leur époque exceptionnelle, dramatique et dernière : que ce soit au IIe siècle après J.-C., lors de l'an 1000 ou au XVIe siècle, nous avons constamment des témoignages de cette conviction.

 

La période actuelle ne fait pas exception à cette règle, puisque plusieurs choses semblent indiquer que nous vivons les prémices d’une période apocalyptique, entre autres : l'effondrement moral et économique, l'inversion totale des valeurs, la déshumanisation  (nouvelles technologies, manipulations génétiques, etc.), la destruction de la planète (pollutions), la tentative des élites d'instaurer un gouvernement mondial, le contrôle social toujours plus poussé, etc. Présent encore, parce qu’en tant que chrétien il est essentiel de comprendre que chaque moment vécu est non pas historique mais apocalyptique. Si nous prenons au sérieux la chute, le départ de l'Éden, ce qui implique la présence constante de la mort, et si nous prenons au sérieux la promesse du retour du Christ, dont nous ne savons ni le jour ni l'heure, nous sommes bien obligés de considérer l'instant présent comme apocalyptique, c'est-à-dire comme dernier devant le jugement et le pardon. Ainsi le chrétien doit-il essayer d'agir à chaque moment comme si c’était le dernier. C'est peut-être là le sens de la recommandation souvent faite « Veillez » !

 

Au futur, dans la mesure où l’Apocalypse est prophétique et où tout ce qui est décrit n’est pas encore arrivé. Et enfin et surtout…au conditionnel ! Ce temps là ne plaira probablement pas aux chrétiens qui pensent que les « jeux sont faits », que tout est écrit d’avance. Autrement dit, que la « Providence » fait l’histoire (voir la rubrique Prédestination ou Libre arbitre). Pourtant, prophétie ne signifie pas toujours inéluctable. S’il y a des avertissements, c’est bien pour en prendre conscience et changer de comportement. Le livre de Jonas (comme d'autres) est la preuve formelle qu’une prophétie – en l’occurrence la destruction de Ninive – va de pair avec la décision des hommes. Si ceux-ci persistent et signent, elle arrivera inéluctablement ; en revanche, s’ils se repentent et prennent un autre chemin, tout peut changer. Et c’est peut-être ici le message fondamental de l’Apocalypse, à savoir que tout ordre social qui ignore Christ et ses enseignements est voué à l'échec, au chaos et à la perversion la plus complète. Par conséquent, seules deux options s’offrent aujourd'hui aux chrétiens : Rester « spectateurs », « marginaux », en attendant la mort, l’Apocalypse, et le Grand Retour ; ou alors tout faire – dans la mesure du possible – pour instaurer les prémices de la Christocratie, c’est-à-dire une organisation sociale basée sur les enseignements du Christ, et qui ne deviendra bien sûr effective qu'à Son glorieux retour. Maranatha!


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