Manipulation des masses

« Le même homme qui peut être raffiné, intelligent, cultivé, devient un imbécile quand il est pris dans un mouvement de masse…Imbécillité insondable qui rend l’homme incapable de jugement, d’appréciation, de nuance, qui le rend incapable de réflexion, de comparaison, de prévision. Assurément les médias collectifs portent une grande part de responsabilité dans cette imbécillité par coagulation de l’opinion. »

(Jacques Ellul)


I. Manipulation des masses en dix points :

1. Stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles.

2. Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

3. La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

4. La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

5. S’adresser au public comme à des enfants en bas âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisant, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ».

6. Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

 

7. Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. »

 

8. Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

 

9. Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

 

10. Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.


II. Info sur la désinfo...

...ou la vérité sur les médias de masse !

Peut-on avoir confiance aux médias ? Qui sont-ils ? Comment fonctionnent t-ils ? L'information est-elle neutre ? Ce volet tentera de vous apporter quelques éléments de réponses qui vous permettront de regarder la télé, vos infos, et de lire vos journaux avec un peu plus de prudence et de sens critique. Voici quelques points à retenir :

 

Principe clé

Lorsque des médias jouissent d'une position dominante depuis un certain temps, ils développent des relations étroites avec d'autres groupes puissants. C'est une évolution inévitable. Ces groupes veulent s'attirer les faveurs des médias (le quatrième pouvoir) et passent donc des accords avec leurs dirigeants. Ceux-ci renoncent alors à critiquer ces organisations, pour en retour faire partie du réseau des élites économiques et autres.

 

L'indépendance des médias n'existe pas

Il faut savoir que les mass media font pratiquement toujours partie d'un seul et même groupe qui lui-même est financé par plusieurs autres (partis politiques, multinationales, banques privées, assurances, divers lobbies etc.). Autrement dit, les informations que vous lisez ne sont jamais neutres. Ceux qui financent échappent à la critique et peuvent même utiliser l'outil "merdiatique" pour détruire leurs opposants.

 

Exemple en Suisse-romande

Pour prendre un exemple local, en Suisse-romande c'est le groupe «Tamedia  » qui dirige. Ce big-boss détient la plupart des journaux rassemblant le plus grand lectorat, comme 24heures, La Tribune de Genève, Le Matin, Le Temps, le 20 minutes (qui a un statut particulier) et également des magazines comme Femina et Bilan, entre autres.

 

C'est pourquoi, malgré la diversité des journaux, vous trouverez pratiquement toujours les mêmes « informations » et le même fond « idéologique » (gauche ou droite traditionnelle).

 

Une communication à sens unique

Les médias de masse ne font pas de communication. La communication est un échange, or les médias s’imposent. Il n’y a pas de retour, sauf le courrier des lecteurs, piètre moyen limité où l’unique droit de réponse du lecteur/spectateur est sélectionné sur le volet.

 

L'horreur chez les autres

Le fait que les médias de masse parlent de ce qui se passe loin de chez soi implique aussi une baisse de l’autonomie de l’individu qui en oublie ce qui se passe localement. Les gens voient donc des horreurs dans un pays lointain, et viennent à trouver banales les « petites injustices » plus proches de chez eux. Les gens deviennent ainsi spectateurs de la vie. Par conséquent, on en vient souvent à se comparer au pire au lieu de se comparer au « mieux », et tolérons ainsi beaucoup plus facilement l'intolérable dans nos pays.

 

La publicité

Comme nous l'avons vu, les mass media sont avant tout des entreprises présidées par des capitalistes, qui doivent faire des bénéfices pour subsister ; elles ont donc besoin d’avoir un large public et se moquent des idées et pratiques minoritaires...

 

La publicité est aussi un des principaux moyens pour financer les médias. La plupart des chaînes télévisées connaissent ce système. Les journaux aussi. Pour ces derniers, le plus emblématique est probablement le 20 minutes, quotidien gratuit puisque entièrement financé par la pub. Gratuit, mais à quel prix ? pourrait-on dire. Au prix de devenir des lecteurs-consommateurs, des imbéciles heureux qui s'informent tous les jours avec ce « fast-food» "merdiatiques". Bref, "20 minutes" chaque jours pour devenir un peu plus nul.

 

Au service de la « Technique »

Enfin, pour Jacques Ellul (spécialiste du système technicien) le pouvoir des médias était un autre exemple de l'exercice du contrôle de la technologie sur la destinée humaine. Comme un mécanisme de changement, les médias sont presque invariablement manipulés par des intérêts spéciaux, soit du marché ou de l'État comme nous l'avons déjà dit. Utilisant le terme propagande pour parler de communication politique et commerciale, Ellul écrivait:

 

C'est l'émergence des mass media qui rend possible l'utilisation de techniques de propagande sur une échelle sociétaire. L'orchestration de la presse, de la radio et de la télévision pour créer un environnement total, durable et continuel rend l'influence de la propagande virtuellement inaperçue précisément parce qu'il crée un environnement constant. Les mass media fournissent le lien essentiel entre l'individu et les demandes de la société...»

 

Conclusion

Vous en avez peut-être pas encore conscience, mais la manipulation des médias façonne actuellement tout ce que vous lisez, écoutez et regardez. Tout.