L'erreur du papisme

« Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, à savoir Jésus-Christ. »

(La Bible, I Cor. III, 11)


Introduction

Pour tenter de comprendre l'égarement de la plupart des Églises, et leur apostasie présente, il n'est pas inutile de remonter à l'origine du problème, à savoir depuis la fondation de l'Église catholique romaine du temps de Constantin Ier. Car c'est vraisemblablement à partir de là que l'Église, de manière générale, s'est fourvoyée en se mélangeant progressivement au pouvoir mondain et au paganisme romain, au lieu de continuer la grande mission que Jésus lui avait confiée (Mt. XXVIII, 19). Ce "péché originel" de l'Église, comme on pourrait ainsi le nommer, n'est bien entendu pas propre au catholicisme romain, mais concerne aujourd'hui pratiquement toutes les Églises institutionnelles ou prétendues "libres" (orthodoxes, anglicanes, protestantes, réformées, évangéliques, etc.) qui ont toutes fait le choix du compromis avec le monde à un moment donné.

 

Mais puisque l'Église catholique romaine fut apparemment la première grande Église à s'être égarée de la sorte, et puisqu'elle entraîne avec elle encore aujourd'hui plus de 1 milliard d'individus, il nous semble opportun de montrer ici que le fondement biblique sur lequel elle prétend s'appuyer provient d'une interprétation partielle et erronée.

 

En premier lieu, il est bon de rappeler que cette Église romaine, de fait locale, s'est fallacieusement appropriée le titre d'Église universelle (katholikos en grec signifie "universel"), alors qu'en réalité cette appellation désignait plutôt, à l'origine, l'Église invisible et spirituelle, c'est-à-dire le corps mystique du Christ composé de tous les vrais chrétiens (voir à ce sujet notre rubrique L'apostasie dans l'Église). Or, s'il est vrai que l'Église universelle et invisible peut effectivement se manifester visiblement, quoique partiellement en des Églises locales, aucune d'entre elles ne prévaut sur les autres. Et si l'une d'entre elles aurait dû être supérieure, il est probable que le Christ aurait choisi la moins en vue (Mt. XX, 16; Mc. X, 42-44), ou alors celle de Jérusalem, pour rester dans la tradition vétérotestamentaire.

 

Cependant, l'idée d'une Église romaine prééminente ne sort pas non plus de nulle part. Cette prétention découle du postulat selon lequel l'apôtre Pierre aurait été élu en tant que chef suprême de l'Église par le Christ, et qu'à sa suite les papes seraient dotés de ce même pouvoir. En effet, selon la tradition catholique romaine, Pierre aurait été le premier évêque de Rome, et ainsi les évêques suivants – qui deviendront les papes – seraient ses successeurs légitimes, et par conséquent les chefs suprêmes de l'Église. Or, que saint Pierre fut à Rome pour exercer son apostolat et qu'il y mourut martyr sous Néron, crucifié la tête en bas, comme le rapporte la tradition, est tout à fait possible et même probable, puisque l'apôtre écrit dans sa première épître (V, 13) : "L'Église des élus qui est à Babylone vous salue." Sachant que Babylone symbolise souvent le pouvoir impérial ou les grandes villes puissantes et corrompues, cette allusion peut effectivement renvoyer à Rome. En revanche, qu'il fut l'évêque de cette Église locale, autrement dit "ancien" ou "surveillant" (ce qui revient au même) est bien moins certain, puisque Pierre s'est toujours présenté en tant qu'apôtre dans ses épîtres, et jamais en tant qu'évêque (I P. I, 1; II P. I, 1). Par ailleurs, saint Paul, qui a écrit une épître aux Romains dans laquelle il salue plusieurs personnes, ne mentionne pas une seule fois Pierre. Cela paraît quand même assez curieux pour quelqu'un qui aurait dû savoir que Pierre était l'évêque le plus important de Rome.

 

Mais en supposant que la Bible n'ait pas tout révélé à ce sujet et que les sources secondaires soient vraies, et donc que l'apôtre Pierre fut réellement évêque à Rome, il reste à savoir s'il fut véritablement chargé par le Christ de l'autorité suprême de l'Église dans son ensemble. Si cela est avéré, alors chaque chrétien pourrait effectivement devenir papiste et entrer dans la communion de l'Église romaine, bien que cette donnée ne justifierait pas pour autant ses égarements doctrinaux (puisque saint Pierre lui-même n'a jamais prié la Vierge Marie ni adoré des images, par exemple). En revanche, si cela est faux, chaque catholique romain ferait bien de sortir immédiatement de cette Église, car la vérité est toujours préférable à la tradition, et les belles cathédrales et les beaux écrits catholiques ne sauraient compenser toutes les erreurs de ce christianisme entaché de paganisme.

 

Nous traiterons donc ici spécifiquement de la "succession apostolique", sans trop nous arrêter sur la succession doctrinale. Pour ce faire, nous nous sommes inspiré en partie des travaux du frère anabaptiste Thieleman Janszoon van Braght (1625-1664).


Sur les passages bibliques utilisés par les papistes pour tenter de justifier la suprématie de Pierre et surtout l'autorité des papes.

Pour tenter de faire de l'apôtre Pierre le chef suprême de l'Église et surtout pour justifier la succession susmentionnée, les papistes s'appuient généralement sur deux principaux passages des Saintes Écritures.

 

Le premier passage se trouve en Matthieu XVI, 18-19 où le Christ dit à Pierre: "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux." La première partie de ce passage signifierait, selon les papistes, que Pierre est la "pierre angulaire" de l'Église, autrement dit le premier des apôtres. La seconde partie de ce même passage signifierait que c'est à lui, et à personne d'autre, que le Christ a donné les clés du royaume des cieux, pour ouvrir ou fermer celui-ci selon son bon vouloir.

 

Le second passage se trouve quant à lui en Jean XXI, 15-17 où Jésus demande trois fois à Pierre s'il l'aime plus que les autres, ajoutant après chacune de ses réponses: "pais mes agneaux" ou "pais mes brebis." Toujours selon les papistes, ces paroles feraient de Pierre le berger suprême de toute l'Église.

 

Voilà donc les deux fondements du papisme. Soyons honnête: une lecture strictement littérale de ces deux passages permet une telle interprétation, de la même manière qu'une lecture strictement littérale de Romains XIII donne lieu à cette croyance erronée – que nous avons plusieurs fois dénoncée – selon laquelle il faudrait se soumettre aux autorités impies, malgré le fait que celles-ci s'opposent ouvertement à Dieu et à Sa Parole. C'est pourquoi le littéralisme par découpage peut s'avérer extrêmement dangereux.

 

Une bonne théologie suppose une analyse plus rigoureuse de la Bible dans son ensemble, tout particulièrement lorsque des versets semblent se contredire. En réalité, il n'y a jamais de contradiction dans la Bible, mais il y a une dialectique. Ainsi, pour trouver la substance à partir de deux données qui paraissent s'opposer ou se contredire, il faut souvent confronter les textes et faire fonctionner l'esprit que Dieu nous a donnés par son souffle: car parfois "la lettre tue, mais l'Esprit vivifie", nous dit saint Paul (II Cor. III, 6).

 

Pour mieux illustrer notre propos, prenons un exemple très simple tiré de l'Ancien Testament. Dans les Dix commandements, il est écrit : "Tu ne tueras point". Et pourtant, nous trouvons à plusieurs endroits Dieu demander à son peuple d'éliminer les agents du mal afin d'éviter toute contagion plus mortelle. Une lecture superficielle pourrait donc nous faire penser que la Bible se contredit sur ce sujet, alors qu'en réalité il fallait juste comprendre l'interdiction de tuer comme un principe général de condamnation du meurtre, autrement dit une interdiction de verser tout sang humain "innocent" (Deut. XIX, 10-13); et non pas comme une condamnation absolue et irrévocable de se défendre ou de rendre justice pour éviter de plus grands maux. Car il existe évidemment des cas où occire quelqu'un est légitime. Par exemple, si une seule personne aurait tué Hitler à l'époque, peut-être aurait-elle évité la mort prématurée d'environ 60 millions d'hommes. Par conséquent, le sixième commandement n'aurait pas été violé.

 

Voilà donc très sommairement ce que nous entendons par "dialectique biblique". Cette tension entre "opposés" est absolument nécessaire. Elle aussi indispensable que la tension entre l'Ancien et le Nouveau Testament qui permet à l'homme de trouver le bon équilibre afin de ne tomber ni dans le légalisme, ni dans le laxisme.

 

Ceci étant précisé, revenons à présent à notre sujet initial en répondant à ces deux passages susmentionnés si chers aux papistes.


Réponse sur le premier passage (Matthieu XVI, 18-19)

Dans Matthieu XVI,18, le Seigneur dit : "Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église." La première erreur des papistes consiste déjà en ce qu'ils interprètent mal le mot grec petra (pierre), comme s'il s'agissait spécifiquement de l'apôtre Pierre lui-même, alors qu'il s'agit plutôt d'un jeu de mots. Car le Seigneur fait une certaine distinction entre le nom propre de Petros (Pierre) et le mot petra (pierre). En divisant ce texte, cela donnerait: "Tu es Pierre" (Petros), et ensuite, "et sur cette pierre (petra)", et enfin, "je bâtirai mon Église". Il en résulte que le Seigneur ne promet pas de bâtir son Église sur Pierre, mais sur la pierre qu'il mentionne. Voilà déjà ce que nous pourrions tirer en interprétant ce texte encore plus littéralement qu'eux.

 

Mais plus sérieusement, il s'agit de savoir ce qui doit être compris par "cette pierre". Nous venons de montrer que le Christ ne dit pas littéralement sur l'apôtre Pierre (Petros), mais sur cette pierre (petra). Or à l'origine, Pierre s'appelait Simon, et c'est le Seigneur qui lui donna un nouveau nom: "Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l'ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre)." (Jean I, 42)

 

En araméen, Céphas (ou Kephas), signifie "pierre ou roc", mais il ne s'agit vraisemblablement pas d'une pierre angulaire, comme voudraient le laisser entendre certains papistes. Selon Thieleman Janszoon van Braght, il s'agirait plutôt d'un éclat, d'un coin ou d'une partie de roc sur lequel aucun bâtiment ne pourrait être fondé. Aussi le mot Céphas, poursuit-il, proviendrait de la même racine que le mot hébreu Keph, qui signifie "coin" ou "bord" de pierre, tandis que les pierres habituelles ou les pierres de fondation sont plutôt nommées Sela ou Zur (voir par exemple Deut. XXXII, 13).

 

Quoi qu'il en soit, il n'est même pas besoin de s'attarder trop longtemps sur des analyses sémantiques, puisque saint Pierre lui-même nous révèle qui est la première pierre, la pierre principale, la pierre angulaire, la pierre de fondation, celle-là même qui fut rejetée par la plupart des hommes, c'est-à-dire le Christ: "Approchez-vous de lui (le Christ), la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu." (I Pierre II, 4). Sur quoi il ajoute (verset 5): "et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, etc." Ainsi l'on voit que le Christ est la première pierre vivante, et qu'après lui tous les vrais disciples qui s'établissent sur ce fondement inébranlable pour construire la maison spirituelle, c'est-à-dire l'Église universelle, sont également appelés des "pierres vivantes". En d'autres termes, la première pierre, la pierre angulaire, représente le Christ sur laquelle est ensuite posée la première série de pierres vivantes que sont les saints apôtres, puis la seconde série avec les autres disciples, les saints martyrs, etc. Pierre fut donc l'une des douze premières "pierres vivantes" à avoir été posées sur la principale. Cette proximité fait évidemment de lui l'une des pierres les plus importantes de cette construction, mais pas au point d'en faire la première pierre de fondation elle-même (pas plus que les autres apôtres).

 

Saint Pierre cite d'ailleurs le prophète Ésaïe pour confirmer que le Christ est bel et bien la pierre angulaire qui était annoncée: "Car il est dit dans l'Écriture: Voici, je mets en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse; et celui qui croit en elle ne sera point confus." (I Pierre II, 6, d'après Ésaïe XXVIII, 16).

 

Par ailleurs, saint Paul confirme tout cela en disant: "Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, à savoir Jésus-Christ." (I Cor. III, 11). Et dans un autre endroit, il l'appelle le fondement des apôtres et des prophètes, c'est-à-dire celui sur qui les apôtres et les prophètes eux-mêmes ont été édifiés, et sur qui ils en ont édifié d'autres par la saine doctrine: "Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. En lui tout l'édifice, bien coordonné, s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit." (Ép. II, 20-22). Aussi le même apôtre Paul dit que trois apôtres sont regardés comme des colonnes: Jacques, Céphas (Pierre) et Jean (Gal. II, 9); ceci probablement parce qu'ils ont eu  tous trois le privilège d'assister à la transfiguration (Marc IX, 1-9). Mais ce texte ne fait toujours pas de Pierre le chef suprême des apôtres.

 

D'autre part, dans la vision de saint Jean, les douze apôtres (dont Pierre) sont aussi appelés les douze fondements de l'Agneau de Dieu: "La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'Agneau." (Apoc. XXI, 14). Là encore, nous ne voyons pas que Pierre bénéficierait d'une place plus importante que les autres.

 

Bref, tout cela renforce le fait que la première pierre est bien le Christ (qui est d'ailleurs aussi le ciment de cette sainte construction) et que les douze pierres suivantes sont des fondements seulement dans la mesure où elles ont été les premières à être posées sur Lui. Mais parmi celles-ci, il n'y en a point une plus importante que l'autre. La preuve en est que lorsque les apôtres discutèrent entre eux pour savoir qui était le plus grand, Jésus leur dit: "Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous." (Marc IX, 34-35). De même, lorsque deux d'entre l'eurent sollicité pour obtenir une place prééminente dans la gloire, Jésus appela tous les apôtres, et leur dit: "Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. Il n'en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous." (Marc X, 42-44).

 

Par conséquent, il certain que les papistes se trompent quand ils font de Pierre le premier fondement de l'Église. Jésus n'a jamais désigné de "pape".

 

 

Deuxième partie de ce même passage (verset 19)

Ce que nous venons de dire plus haut n'est évidemment pas invalidé par la seconde partie de ce texte de Matthieu. Mais analysons tout de même brièvement ce verset.

 

"Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux." (Matthieu XVI, 19)

 

Ce verset signifierait-il, comme le laissent entendre certains papistes, que la discipline ecclésiastique, le pouvoir d'expulsion ou de réadmission dans l'Église ou même la délivrance et le pouvoir de lier les mauvais esprits ont été donné à Pierre seul et à aucun autre des douze ? Nullement. Car si l'on remonte juste un peu plus haut, à partir du verset 13, on s'aperçoit qu'il est écrit la chose suivante: "Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples: Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l'homme?" Puis au verset 15 il s'adresse plus spécifiquement aux apôtres: "Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis?" Sur quoi il est rapporté que Pierre, au nom de tous, répondit: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." Et c'est seulement après cela que vient le verset 19: "Je te donnerai les clés du royaume, etc." , qui s'étend en réalité à tous les apôtres, bien qu'il s'adresse spécialement à Pierre, puisque le Seigneur ne lui avait pas demandé à lui seul, mais à l'ensemble des disciples ce qu'ils en pensaient. Et puisqu'il est évident que chacun d'entre d'eux croyait que Jésus était le Christ, il est de même éclatant que la promesse mentionnée ci-dessus leur était aussi destinée. Une contextualisation permet donc de lever toute ambiguïté là-dessus.

 

Ceci est d'ailleurs explicité plus loin, dans l'Évangile de Jean, quand le Christ, après sa résurrection, souffla sur ses disciples, en leur disant: "Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." (Jean XX, 21-22). Ces paroles sont en partie semblables à celles que nous avons citées plus haut, concernant la remise des clefs.

En vérité, elles s'appliquent même à toute l'Église, à tous les vrais chrétiens, c'est-à-dire à tous les hommes qui sont revêtus du sacerdoce, qui sont baptisés d'eau et d'Esprit, comme cela est précisé en Matthieu XVIII, 18 : "Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel."

 

Ce qu'on appelle "lier et délier", fait non seulement allusion à l'expulsion ou la réadmission d'une personne dans la véritable Église, mais concerne aussi plus largement le Royaume de Dieu et le monde spirituel. Comme très souvent, il y a double sens.

 

À ce propos, permettons-nous ici de faire une légère digression: au chapitre vingt de l'Apocalypse nous voyons qu'il est parlé de Satan qui se trouve lié pour mille ans. Or nous croyons que les enfants de Dieu, conformément au texte susmentionné, ont le pouvoir de lier l'Esprit du Mal, puisque la victoire a été acquise par le Christ sur la Croix. En effet, le Seigneur, qui est né de la Vierge Marie, a écrasé la tête du Serpent conformément à la promesse de Genèse III, 15. À Golgotha tout a été accompli pour notre salut individuel et collectif. Par conséquent, si le règne du mal perdure encore et qu'il se trouve toujours plus puissant de nos jours, c'est principalement parce que les enfants de Dieu ont abandonné le bon combat de la foi, ont déserté le champ de bataille, non seulement au niveau individuel mais plus encore au niveau collectif. Or, en refusant de combattre pour établir la Christocratie sur terre, le terrain se trouve évidemment presque entièrement occupé par les enfants de Bélial. Autrement dit, nous croyons que si le diable a autant de pouvoir actuellement, c'est en grande partie parce que les hommes qui travaillent pour lui sont beaucoup plus actifs que ceux qui sont censés œuvrer contre lui. Les chrétiens sont en effet aujourd'hui si divisés, si craintifs, si timorés qu'ils sont incapables de saisir les promesses de Dieu. Voilà pourquoi, croyons-nous, le Mal domine autant et qu'il agit tout à son aise (voir notre rubrique Regard sur l'Apocalypse). Voilà donc ce qu'il faut comprendre par "lier et délier". Avoir les clefs du royaume des cieux signifient finalement avoir la possibilité, au nom de Jésus-Christ, de lier ou délier certains hommes de l'Église, comme nous l'avons dit, mais aussi de lier les esprits méchants et leur souverain maître, pour autant que nous ayons réellement foi en notre Seigneur Jésus et que nous luttions pour Lui, sans crainte, à l'instar des premiers parents spirituels. Cette capacité n'a pas été donnée à Pierre seul, et encore moins à ses prétendus successeurs les "papes" qui ont d'ailleurs plus souvent œuvré pour le monde que pour le Royaume de Dieu. Enfin, précisons qu'avoir les clefs du royaume des cieux ne signifient pas formellement que les disciples du Christ puissent ouvrir ou fermer les portes du ciel à quelqu'un d'autre, c'est-à-dire de lui fermer ou de lui ouvrir le salut éternel, puisque cela résulte de la décision seule et de la foi seule de chacun au sujet de la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ. Les disciples du Seigneur ne sont ainsi que des "participants" à cette ouverture ou fermeture, des serviteurs qui travaillent pour transmettre la seule et véritable clef spirituelle qui ouvre le ciel ; mais le choix de la prendre ou non revient évidemment à chaque personne. Voilà ce que nous pouvions dire à ce sujet.


Réponse sur le second passage (Jean XXI, 15-17)

Le second passage utilisé par les papistes est tiré de Jean XXI,15-17, où le Seigneur, après sa résurrection, demande trois fois à Pierre s'il l'aime plus que les autres; ce à quoi l'apôtre répond trois fois: "Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime", et le Seigneur de reprendre: "Pais mes agneaux" ou "pais mes brebis."

 

Ici encore, les papistes forcent le texte pour tenter de faire de saint Pierre le chef suprême des apôtres afin de légitimer la succession papale, alors qu'en réalité il s'agit d'un sens tout à fait différent. Car il est manifeste que si le Christ demande trois fois à Pierre s'il l'aime plus que les autres, c'est d'abord et avant tout parce que Pierre l'avait renié trois fois lors du procès devant le sanhédrin (Mt. XXVI, 69-75): "Cependant, Pierre était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui, et dit: Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. Mais il le nia devant tous, disant: Je ne sais ce que tu veux dire. Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux qui se trouvaient là: Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. Il le nia de nouveau, avec serment: Je ne connais pas cet homme. Peu après, ceux qui étaient là, s'étant approchés, dirent à Pierre: Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître. Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer: Je ne connais pas cet homme. Aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite: Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti, il pleura amèrement."

 

L'épisode du reniement de Pierre est d'ailleurs suffisamment connu: sa contrition inspira de magnifiques peintures et même l'une des plus belles compositions musicales au monde (Erbarme dich de J.-S. Bach).

 

Mais si Pierre se repentit immédiatement après son reniement, en pleurant amèrement, et qu'il obtint sans doute aussitôt le pardon, cela ne suffisait probablement pas à le maintenir en tant qu'apôtre. Car le Seigneur dit en Luc XII, 9: "Celui qui me reniera devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu." Et saint Paul écrit: "Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème! Maranatha." (I Cor. XVI,22).

 

C'est pourquoi il était indispensable que Pierre confessât de sa bouche, par trois fois, qu'il aimait le Seigneur plus que les autres, ceci afin de pouvoir continuer son apostolat. Car les autres apôtres – à l'exception bien sûr de Judas qui avait trahi le Christ sans vrai repentir et donc sans pardon – n'ont jamais renié le Christ. Par conséquent, nous croyons que cette confession était absolument nécessaire pour que Pierre puisse maintenir et poursuivre sa charge et faire paître le troupeau qui lui serait confié par la suite, à savoir toutes les personnes qui entendront l'Évangile par sa proclamation. Et c'est ainsi qu'il faut comprendre la triple injonction "pais mes agneaux" ou "pais brebis", et certainement pas comme une sorte d'investiture à la présidence des apôtres, comme voudraient le faire croire les papistes.


Conclusion

Au vu de ce qui précède, nous pouvons affirmer avec assurance que Pierre n'était pas supérieur aux autres apôtres, et donc que la succession papale est une pure invention humaine. Les papes ne sont pas les successeurs de saint Pierre et encore moins les vicaires du Christ. C'est un détournement du Christianisme. "Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, à savoir Jésus-Christ." (I Cor. III, 11). C'est la raison pour laquelle cette prétendue chaîne de succession de personnes tant défendue par les papistes n'a pas été accompagnée par une vraie succession de doctrine. Le culte à Marie, l'idolâtrie, et nombre d'autres pratiques non-bibliques établies par les catholiques sont les preuves  qu'il n'y a point eu de véritable transmission apostolique ni doctrinale. L'histoire de l'Église catholique romaine le confirme aussi: syncrétisme pagano-chrétien, pornocratie pontificale, simonie, idolâtrie, dogmes extrabibliques, persécutions de vrais chrétiens, etc. Les papes sont donc des imposteurs. Et qu'il pût y avoir de "bons papes" dans l'histoire, comme il y eut aussi de "bons souverains", n'enlève en rien cette évidence. Pareillement, que l'Église catholique romaine ait pu porter en son sein de véritables chrétiens (en particulier parmi les moines) ne fera jamais d'elle l'Église universelle authentique, ni même une Église locale fidèle. Toutefois, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, gardons-nous de croire que les autres Églises institutionnelles qui se prostituent avec le monde sont meilleures que celle-ci. Les sectes ou les Églises protestantes, réformées, anglicanes, évangéliques, orthodoxes, etc. n'ont peut-être point de papes ni la même histoire que l'Église catholique romaine, mais elles n'en demeurent pas moins corrompues. Elles s'établissent des chefs et instituent des pratiques qui n'ont souvent rien à voir avec la Parole de Dieu. L'apostasie concerne donc pratiquement toutes les Églises.

 

Finalement, ce qui est dramatique dans cette histoire, c'est que depuis le début saint Paul nous avait mis en garde contre la tentation de se faire d'autres "dieux" ou de s'établir d'autres chefs spirituels plus importants que le Christ, y compris parmi les saints apôtres. Car ceux-ci ont toujours travaillé pour la gloire de Dieu et jamais pour leur propre gloire. Mais en apportant la Bonne Parole aux Gentils, ils ont très tôt été confrontés à des relents de paganisme chez eux, d'où leurs nombreuses exhortations pour éviter de retomber dans le carcan de l'idolâtrie sous toutes ses formes. Soli Deo Gloria !

 

"Ils appelaient Barnabas Zeus, et Paul Hermès, parce que c'était lui qui portait la parole… Les apôtres Barnabas et Paul, ayant appris cela, déchirèrent leurs vêtements, et se précipitèrent au milieu de la foule, en s'écriant : Ô hommes, pourquoi agissez-vous de la sorte ? Nous aussi, nous sommes des hommes de la même nature que vous ; et, vous apportant une bonne nouvelle, nous vous exhortons à renoncer à ces choses vaines, pour vous tourner vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s'y trouve." (Actes XIV, 12-15)

 

"Car, mes frères, j'ai appris à votre sujet… qu'il y a des disputes au milieu de vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis de Paul ! et moi, d'Apollos ! et moi, de Céphas ! et moi, de Christ ! Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés?" (I Cor. I, 11-13)

 

"Quand l'un dit : Moi, je suis de Paul ! et un autre : Moi, d'Apollos ! n'êtes-vous pas des hommes ? Qu'est-ce donc qu'Apollos, et qu'est-ce que Paul ? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l'a donné à chacun." (I Cor. III, 4-5)


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