L'apostasie dans l'église

« La pure et virginale Église est devenue une putain.» (Thomas Müntzer)


Introduction « müntzerienne »

Thomas Müntzer
Thomas Müntzer

Le constat radical que fit Thomas Müntzer sur l'Église du XVIe siècle reste d'actualité. En effet, l'Église de nos jours à toutes les caractéristiques d'une prostituée ! Le terme est cru, néanmoins vrai. Que ce soit chez les catholiques, les orthodoxes, les réformés, les protestants, les évangéliques et les milliers d'autres confessions ou sectes, la prostitution spirituelle (dans le sens « vendu au monde ») est partout présente. Certes, la forme de prostitution est peut-être différente dans l'une ou l'autre Église, mais le fond, lui, reste le même. Autrement dit, les contrefaçons du christianisme, qu'elles soient anciennes ou néophytes, petites ou grandes, ont la même conséquence : l'apostasie.



L'apostasie chez les autres ; la racine commune

Nombreux sont les chrétiens qui ont déjà écrit sur l'apostasie. Il suffit de jeter un petit coup d’oeil dans une librairie chrétienne ou sur internet pour s'en convaincre. Ce qui en ressort souvent, c'est que chacun voit chez l'autre ce qu'il ne voit pas chez lui. Autrement dit, chacun prêche pour sa propre "chapelle" en tentant de discréditer celle de l'autre. En somme, c'est toujours la même minable et interminable petite guéguerre à coup de « ma religion est meilleure que la tienne » qui revient. Jésus nous enseigna pourtant d'ôter d'abord la poutre dans notre oeil avant d'ôter la paille dans l'oeil de notre frère. Message ô combien dérangeant qui nous concerne tous !    


Cela dit, il ne s'agira pas ici d'essayer de convaincre qui que ce soit que l'une ou l'autre organisation chrétienne est meilleure ou pire – plus ou moins apostate – même s'il est vrai que l'apostasie touche plus certaines confessions que d'autres. Nous ne reprendrons pas non plus toutes les fausses doctrines enseignées par telles ou telles Églises. Non, rien de tout cela. Nous tenterons simplement de porter un regard plus objectif et global, afin de montrer que la racine de l'apostasie concerne, en définitive, tous les clergés.


L'apostasie dans l'Église...à cause des Églises

Une rapide synthèse permet, à qui le veut bien, de découvrir que la racine de l'apostasie tire son origine des Églises elles-mêmes. Et de toutes les Églises ! Ce phénomène ne se limite pas à quelques courants sectaires. Par là nous n’entendons pas dire qu'il n'existe plus une véritable Église (spirituelle), car cela signifierait qu'il n'existe plus non plus d’authentiques chrétiens. Ce qui serait absurde. Non, il est bien clair qu'un reste fidèle a toujours existé à l'intérieur comme à l'extérieur de ces institutions chrétiennes. Toutefois, paradoxalement l'Église véritable ne peut actuellement plus se développer convenablement au sein de ces organisations puisque pratiquement toutes les formes ecclésiales ignorent délibérément le modèle néo-testamentaire. Par conséquent, l'Église – c’est-à-dire tous les membres mystiques du corps de Christ – devraient sortir de ces institutions qui n'ont désormais d'Église plus que l’étiquette.  

 

De fait, un petit survol des Saintes Écritures permet très vite de constater le décalage qui existe entre l’Église, telle qu'elle est présentée dans la Bible, et toutes les pseudo-Églises que nous voyons de nos jours. Et sans vouloir être outrancier, il se pourrait même que sur les milliers de confessions que compte actuellement le christianisme, pas une seule organisation ne ressemble, ne serait-ce qu'à peu près, à ce que la Bible enseigne. Ce constat est inquiétant. D'autant que s'il se confirme, cela voudrait dire que tous les schismes qui ont eu lieu dans l'histoire du christianisme, n'ont presque servi à rien.  

 

Mais pour mieux s'en rendre compte, et évaluer ce qui a été dit ci-dessus, voici un court exposé sur l'Église en 7 points (que vous pourrez sans autres vérifier et approfondir par vous-mêmes) :


L'Église selon la Bible

I. Signification du mot Église

Le mot «Église» (à ne pas confondre avec l'église édifice) tel que rendu dans le Nouveau Testament vient du grec Ekklesia, terme qui est formé de deux mots signifiant « Assemblée » et « appeler hors de ». Par extension, on pourrait dire que c’est une Assemblée appelée « hors du monde » pour appartenir à Christ.

 

Dès lors, toutes les Églises qui s'inspirent d'entreprises ou de systèmes politiques "pyramidaux" pour façonner leurs organisations ne sont pas « hors du monde ». Par conséquent, ce ne sont pas non plus des Églises au sens biblique.

 

II. Qu'est-ce que l'Église ?

La Bible parle surtout d’une Église (ou Assemblée). Cette Église est constituée de tous les croyants qui ont accepté le salut en Christ  (Ac. II, 47 ; XI, 26 ; Ép. I, 13). Ils ont été unis ensemble en un seul corps, non pas en devenant membres d’une organisation humaine, mais par le Saint Esprit (Rm. VIII, 9 ; I Co. XII, 13 et Ép. I, 22-23).


III. Le commencement de l'Église

L'Église (ou du moins des types d'Églises) a sans doute toujours existé, mais sous différentes formes. On pourrait dire que sa progression s'est faite au même rythme que la Révélation, pour enfin atteindre son paroxysme après la venue de Christ. Ce point de vue « d'un type d'Église de tout temps» vient du fait que le mot hébreu Qahal de l'Ancien Testament signifie aussi « Assemblée ». De plus, cette thèse semble être confirmée par la version grecque de l'Ancien Testament – appelée aussi La Septante ou LXX – qui traduit justement à certains endroits l'hébreu Qahal par le grec Ekklesia.

 

À propos, notons ici que pour se couper définitivement des racines « juives » et « hébraïques » de l'Église/Assemblée du Dieu vivant, la plupart des chrétiens ont affirmé que l'Église n'a pu exister qu’après la venue de Jésus-Christ sur terre. Or cette affirmation n'est que partiellement vraie. S’il n'est pas faux de dire que la nouvelle Église a possédé une révélation bien plus complète après la venue de Christ sur terre (pour devenir son corps mystique) on ne peut toutefois pas ignorer qu'il a toujours existé un type d'Église/Assemblée de fidèles, et ce, même avant notre ère. Car prétendre l’inverse revient à réfuter implicitement que Christ existe de toute éternité  (Jn. I, 1-2 ; Jn. VIII, 57-58 ; I Pi. I, 20) et que des hommes ont pu être sauvés par Lui avant même Son incarnation  (Rm.  IV).

 

IV. L'Église Universelle : corps de Christ

Après la venue du Maître sur terre, l'Église a aussi été appelée « corps de Christ »  (I Co. XII, 27). Les membres sont les différents chrétiens, répartis à travers le monde et les âges, qui ont reconnu la Seigneurie de Jésus-Christ. Lui est à la tête, et tous les autres membres ont (eu) des rôles spécifiques et complémentaires.

 

V. Être membre de l'Église (universelle et locale)

Une personne devient «membre» de l'Église en ayant simplement la foi en Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur. C'est ainsi qu'elle rentre directement dans l'Église universelle  (Ép. III, 10 ; IV, 4 ; Col. I, 18) et devient membre à part entière du corps « mystique » du Christ. 2. La Bible parle également d'Églises (Assemblées) locales  (Rm. XVI, 16 ; I Co. IV, 17 ) dont il est aussi possible de devenir membre. C’est là où les chrétiens se réunissent (physiquement) pour prier ensemble, prendre la sainte cène, étudier la Bible, etc. "là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux."  (Mt. XVIII, 20).  

 

Précisons ici qu'il est tout à fait possible d'être membre de l'Église universelle, le corps de Christ, sans forcément faire partie d'une Église locale (en particulier dans ces temps d'apostasie). En revanche, être membre d'une Église locale (quelle qu’en soit la dénomination) ne suffit pas pour être sauvé, ni pour faire partie de l'Église universelle (le corps de Christ).

 

VI. Le chef de l'Église

La Bible enseigne clairement qu'il n'y a qu'un seul chef de l’Église (universelle comme locale) : c’est le Christ  (I Co. III, 11 ; Ép. I, 22 ; V, 23 ; Col. I, 18). Aucun homme ne peut revendiquer ce titre.  

 

Pourtant, la quasi totalité des chrétiens se réfèrent à d'autres chefs. Les catholiques, par exemple, en interprétant étrangement un passage de la Bible (Mt. XVI, 18), pensent que l’apôtre Pierre fut ordonné premier chef de l’Église et que, par succession apostolique, les papes seraient depuis lors revêtus de cette autorité. Les orthodoxes ont comme chef un Patriarche ou un Archevêque (selon les pays). L’Église ancienne et l'Église apostolique d'Orient ont également un Patriarche. La reine d’Angleterre est le chef suprême de l’Église anglicane. Les luthériens ont un Archevêque ou un Président. Un Général dirige l'Armée du Salut. Les Assemblées de Dieu et l'Église du Nazaréen ont un Général superintendant. L’Église néo-apostolique est dirigée par un Apôtre-Patriarche. La plupart des Églises évangéliques et protestantes ont un Pasteur général ou un Ministre général. Les adventistes, les mormons, les témoins de Jéhovah ont un Président. La Science chrétienne a un Directeur…

 

Bref, nous pourrions encore multiplier les exemples et parler aussi de toutes les hiérarchies intermédiaires qui existent entre les grands patrons et leurs ouailles. Dans certaines Églises, on va même jusqu’à remplacer les Anciens par des Leaders (pour faire plus jeune, plus prestigieux, plus américain). Le besoin de domination est ancré en chacun de nous. Et puisque le message du Christ nous invite davantage à servir qu’à entretenir notre complexe de supériorité, nous nous sommes inventés des grades. Là encore, les Églises sont dans l’erreur.

 

VII. Fonctionnement, organisation, diverses règles d'une Église locale

L’Église locale a vu le jour d’une façon très simple. Au commencement, il n’y avait pas d’organisation, mais simplement un lien de charité, de communion fraternelle et de coopération. On étudiait, discutait, priait. Peu à peu, l’arrangement vague du début par les apôtres a fait place à une organisation un peu plus minutieuse. Parce que les membres étaient déjà membres de la véritable Église (comme nous l'avons dit), ils se sont sentis poussés à organiser des Églises locales dans lesquelles les réalités invisibles en Christ pourraient servir au bien commun. La Bible ne mentionne que quelques éléments clairs sur ce type d'« organisation » :    

 

Fonctionnement : « …là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux.» (Mt XVIII, 20) . L'Église/Assemblée locale commence donc à partir de deux ou trois membres qui se réunissent pour prier ou pour étudier la Bible.  

 

Organisation : mis à part un groupe d’Anciens – appelés alternativement évêques/surveillants (Ac XIV, 23 ; XX, 28 ; I Tm V, 17 ; Ti I, 5-9 ; I P V, 1-3) – et des diacres et diaconesses (Litt. serviteurs, servantes ; I Tm III, 8 ), la Bible ne mentionne aucune autre « administration ». Chaque croyant participait à l'organisation de l'Église locale et les décisions étaient sans doute prises en commun.  

 

Ministères : "Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps de Christ…" (Ép. IV,11). C'est donc Christ qui donne les ministères à son Église et non des hommes par le biais d'une école ou d'une autre institution. Ainsi être pasteur, prophète, docteur, évangéliste, est une qualification plus qu'une fonction.  

 

Le sacerdoce : le sacerdoce (prêtrise) est universel (I Pi. II, 5 ;9) toutefois exclusivement masculin dans les Assemblées locales. 1. Universel signifie que chaque vrai chrétien peut enseigner et partager la Parole, sans être passé par une formation académique. Car somme toute, seul le Saint-Esprit peut éclairer correctement les vrais croyants. 2. Masculin : selon la Bible, les femmes ne pouvaient pas enseigner à des hommes et devaient garder le silence durant les réunions (I Tm. II, 12).  

 

Les sacrements : Hormis le baptême, la sainte cène, et la charité ( traduit parfois par amour ), il n'y a pas d'autres « sacrements » (Mt. XXII, 36-40 ; Mt. XXVI, 26-29 ; Ac. XIX, 4-5, I Co. XIII, 1 ; II Co. II, 8 ).  

 

À ce propos, notons ici que rien ne permet de penser que le mariage (du grec gamos ; union), souvent considéré comme une sorte de « sacrement », en soit réellement un. Mariage ou concubinage : la seule recommandation claire qui ressort de l'ensemble de la Bible, c'est que l'union charnelle devrait être exclusivement hétérosexuelle. L'union homosexuelle est donc indéfendable (Lv. XVIII, 22 ; Rm. I, 26-27 ; I Co. VI, 10, etc.). En outre, la Bible préconise aussi, bien sûr, la fidélité : les divorces/séparations sont normalement interdits, sauf pour cause d’adultère (moïkheia). Aussi faut-il s’entendre sur ce terme qui, au sens biblique, n’a pas la même signification que le sens courant. Si la femme est adultère par toutes relations extraconjugales, c'est-à-dire en dehors de l'union avec son conjoint, l’homme n’est adultère quant  à lui, qu’en s’unissant avec la femme d’un autre (Lv. XX,10).

 

Quant aux relations immorales, débauchées (asélguéia), sodomites, construites sur un intérêt personnel, etc. le N.T. qualifie tout ceci alternativement par les mots pornéia/pornos dont on connaît, par déduction, l'équivalent français. 

 

Financement : Nulle part dans le Nouveau Testament il n'est fait mention d'un impôt ecclésial ou d'une dîme obligatoire. Les premiers chrétiens mettaient simplement leurs biens en commun (Ac. II, 44).  

 

Divers : Le Nouveau Testament recommande aussi aux femmes d'être vêtues de manière décente, pudique, modeste (I Tm. II,9) et de mettre un voile durant les réunions d'Église ; et à l'homme de ne pas avoir la tête couverte (I Co. XI, 4-7). Ce sont les seules indications vestimentaires.


Conclusion

Chercher à identifier le fonctionnement des Églises primitives, c’est déjà prendre le risque de devoir sortir de sa communauté, et peut-être même de se retrouver seul un moment. Nous avons brossé ici le tableau de l’Église selon la Bible, surtout pour montrer aux chrétiens qu'il est inutile de chercher  à « couper les branches » de l'apostasie, mais qu'il faudrait plutôt s'attaquer à la racine. Car si l'organisation même des Églises n'est pas conforme à la doctrine, comment pourrait-il en être autrement du reste ?... Dans I Timothée III,,15 nous lisons que « l'Église du Dieu vivant est la colonne et l'appui de la vérité ». Si donc cette colonne n'est pas solide, comment la vérité pourrait-elle trouver l'appui nécessaire pour ensuite pleinement se manifester ?...  

 

Aujourd’hui, non seulement les Églises ne sont pas conforme à la doctrine, mais en plus de cela elles n’ont produit que disputes et divisions du corps de Christ. La véritable unité chrétienne ne saurait donc venir d’un oecuménisme planifié par ces mêmes organisations. Au contraire, elle ne pourra venir qu’en abandonnant toutes ces pseudo-Églises et ces sectes pernicieuses, en laissant tomber les papes, les télévangélistes, les prêtres, les pasteurs, les gourous de tous bords, les titres, les honneurs, l’appât du gain, la mac-donaldisation religieuse, les rituels futiles, les chants puérils, les conférences inutiles, pour ne suivre enfin que le seul et unique chef de l’Église : Jésus-Christ ! Celui-là même qui a refusé titres et honneurs de ce bas monde, et qui a été persécuté, blasphémé, converti en prisonnier, puis enfin crucifié pour nous ! Lui qui s’est fait pauvre de riche qu’il était. Il est le seul qui soit digne et le seul qui puisse rétablir l’unité chrétienne. Revenons donc à Lui…


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