L'antisionisme décrypté & le sionisme expliqué

« Qu'ils soient confondus et qu'ils reculent, tous ceux qui haïssent Sion ! »  

( La Bible, Psaumes CXXIX, 5)


Introduction

L’antisionisme est devenu la forme moderne la plus dangereuse et efficace de l'antijudaïsme (ou anti-israélisme*), à travers la délégitimation systématique, la diffamation et la diabolisation d'Israël. Les vieux stéréotypes sur "le lobby juif", "la conspiration mondiale exclusivement juive", "les protocoles des sages de Sion" jouissent d'une renaissance spectaculaire. De plus en plus de personnes diffusent continuellement leur propagande de haine contre les Juifs, tout en la maquillant derrière un discours compassionnel pour le peuple palestinien. Certes, il ne fait aucun doute que le conflit au Moyen-Orient inquiète et que chaque victime, d’un côté comme de l’autre, y est à déplorer. Mais il n’en demeure pas moins que cette situation sert de prétexte à beaucoup pour ressortir de la poubelle de l’histoire les anciennes thèses du nazisme. L’occasion était trop belle pour eux: désormais, les antijuifs de tous bords peuvent se réunir main dans la main sous un même étendard : l’antisionisme.

 

De l'extrême gauche à l'extrême droite, des catholiques aux musulmans, en passant par certains protestants, nombre de démagogues et faussaires de l'histoire ont à nouveau la possibilité d'éructer leurs mensonges, tout étant accrédités par quelques ploutocrates et une opinion publique largement acquise à l'antisionisme, puisque formatée depuis de nombreuses années par des médias de masse souvent tributaires d'hommes d'affaires défendant des intérêts arabo-musulmans (notamment ceux des pétromonarchies du Golfe, mais aussi de l'Iran, etc.). Aussi l'émotionnel ayant laissé de côté le rationnel, chacun semble désormais avoir un avis bien tranché sur la question: les Palestiniens seraient les victimes, et les Israéliens les bourreaux. Tant est si bien qu'il devient aujourd'hui extrêmement difficile de présenter un autre point de vue plus historique et raisonnable, sans être emporté soi-même par la vague de frénésie que soulève chaque fois ce sujet. Frénésie qui s'est encore amplifiée ces dernières années avec internet, là où les gourous du conspirationnisme le plus vulgaire s'épanouissent et peuvent influencer les plus fragiles en leur faisant notamment croire que le sionisme est une sorte d'oligarchie mondiale et satanique (selon Alain Soral, D. M'bala M'bala, Kemi Seba, etc.), contre laquelle il faudrait d'abord  "glisser une quenelle" (sorte de salut nazi inversé ou plus simplement un geste d'adolescent attardé) pour marquer son opposition au système "sioniste". Sans oublier que "derrière chaque divorce se cacherait un sioniste" (selon un certain Yahia Gouasmi), ou pire encore que les sionistes seraient à l'origine du sida (selon les plus extrémistes). Ainsi toute la misère individuelle et sociale serait causée par les Juifs ou les sionistes, raison pour laquelle de plus en plus de gens s'amusent de leur mort et considèrent le négationnisme d'un Faurisson comme une vérité révélée.

 

À l'instar du technicisme et du progressisme, l'antisionisme provoque lui aussi une agitation folle et difficile à refréner. Malheureusement, contre l'aliénation des masses, il y a peu de remèdes efficaces, surtout quand ceux-ci demandent du temps et de la réflexion. À l'inverse, les faiseurs d'opinion n'ont pas ce problème, puisqu'ils ont non seulement plus de moyens matériels, mais possèdent aussi des armes plus redoutables, jouant essentiellement sur les réflexes, les images, la rapidité, et l'émotionnel. Il est ainsi difficile de lutter contre la manipulation des masses.

 

Malgré cette difficulté, nous nous appliquerons à présenter l'histoire de la manière la plus juste et simple possible, selon une perspective essentiellement chrétienne et biblique. Pour ce faire, nous procéderons de la manière suivante: I. D'où vient le nom Palestine? Existe-t-il un peuple palestinien? ; II. À qui appartient la Terre sainte?; III. Qu'est-ce que le sionisme?; IV. Le sionisme chrétien, suivi d'une conclusion.

 

*Les termes antijudaïsme  et anti-israélisme nous semblent plus appropriés qu'antisémitisme, dans la mesure où les Juifs ne sont effectivement pas les seuls Sémites.


I. D'où vient le nom Palestine? Existe-t-il un peuple palestinien?

Après le siège de Jérusalem et la destruction du second Temple par les armées romaines de l'empereur Titus (vers l'an 70), les Juifs commencèrent à se disperser massivement à travers le monde. Environ soixante ans plus tard, une seconde révolte juive éclata en Terre sainte que l'armée romaine eut tôt fait d'écraser sur les ruines de la première. Ainsi les Juifs furent une nouvelle fois chassés, puis interdits d'accès à la ville sainte, voire à l'ensemble de la Judée. Subséquemment, et afin de réduire au maximum toute identification juive du territoire colonisé, l'empereur Hadrien (76-138) décida de rebaptiser la Judée en Palestine. Voilà donc très sommairement l'origine de ce nom.

 

Plus tard, à la suite des conquêtes arabo-musulmanes et turques, les différents peuples musulmans qui se sont établis dans l'ancien territoire d'Israël ont pu se faire appeler "Palestiniens". Il s'agissait essentiellement d'Arabes, car les Juifs ou les Chrétiens arméniens qui y demeuraient en minorité portaient généralement le nom de leur peuple respectif. Par conséquent, nous pouvons dire qu'il n'y a jamais vraiment eu de peuple palestinien à proprement parler, mais simplement différents peuples arabes qui ont conquis cette terre et se sont attribués le nom de "Palestiniens", lequel avait été inventé par les anciens colons romains.

 


II. À qui appartient la Terre sainte?

Carte d'Israël selon Gen. XV, 18
Carte d'Israël selon Gen. XV, 18

D'un point de vue biblique, il ne fait aucun doute que cette terre appartient à une lignée bien précise: celle d'Abraham, d'Isaac, et de Jacob (Israël). À cette lignée physique pourrait bien sûr s'ajouter la lignée spirituelle composée de vrais Chrétiens, puisqu'ils sont les descendants du peuple d'Israël par adoption en Jésus-Christ. Mais là est un autre sujet.

 

Les Juifs en tant que peuple se réclament généralement de cette filiation précise, et c'est donc à eux que reviendrait cette terre. Certes, les Arabes descendent eux aussi d'Abraham, mais point d'Isaac ni de Jacob, mais plutôt d'Ismaël et de Madian. Bibliquement parlant, cela ne leur donne pas de droit particulier sur cette terre.

 

Rappelons que la terre d'Israël est la seule terre promise par droit divin à une descendance établie, et qu'elle est donc la seule propriété dans le monde qui n'est pas issue de la spoliation. Voilà pourtant qu'Israël est précisément le pays le plus contesté au monde, alors qu'il n'occupe même pas tout le territoire auquel il aurait normalement droit, qui s'étend du Nil à l'Euphrate (Gen. XV, 18). Cela n'a manifestement rien d'un hasard.

 

Évidemment, un problème se pose quant à savoir l'identité réelle de tous les Juifs d'aujourd'hui, puisqu'il est avéré qu'un certain nombre d'entre eux ne sont pas réellement descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, mais qu'ils sont devenus "Israélites" sur le tard, notamment par leur conversion au judaïsme. Or, d'un point de vue biblique, la seule conversion au judaïsme ne suffit pas pour devenir "Israélites", puisque depuis la Nouvelle Alliance la filiation spirituelle a été transférée à l'Église authentique (composée de Juifs et de non-Juifs). À cela s'ajoute un autre problème: selon la Bible est Israélite, et par extension Juif au sens ethnique, celui qui est né d'un père Israélite. Car la femme enfante mais l'homme engendre. C'est donc toujours la patrilinéarité qui prévaut. Or on sait que les rabbins, les talmudistes, les pharisiens (tous ceux que Jésus dénonçaient) ont établi au fil du temps des règles extra-bibliques et ont ainsi décidé arbitrairement que l'identité juive se transmettrait par la mère (matrilinéarité). Cela constitue selon nous l'une des plus grandes difficultés pour l'identité juive, même si, dans l'ensemble, ce peuple a quand même réussi à se préserver et à garder une certaine cohésion. Aussi pour résoudre ce problème, on pourrait tout à fait estimer que ces Juifs "de cœur" ou "de branche" s'assimilent à la Nation d'Israël, comme d'autres étrangers ont pu s'assimiler à leur Nation respective. Quoi qu'il en soit, de souche ou de cœur, les Juifs qui portent le nom d'Israël sont bibliquement parlant plus légitimes à s'établir sur cette terre que les Arabes ou quelque autre peuple qui portent un nom créé à l'origine par une Nation païenne.

 

D'un point de vue laïque, la question de savoir à qui appartient cette terre est éminemment plus compliquée, puisqu'elle est tributaire de lois ou d'opinions humaines parfaitement subjectifs, versatiles, et partiaux. Selon plusieurs témoignages du XIXe siècle, on sait que la terre d'Israël était largement abandonnée et inhabitée avant que les réémigrants juifs viennent s'y réinstaller et la travailler. Mais cela suffit-il à légitimer le droit de propriété? La réponse pourrait être oui comme non. En définitive et en l'occurrence, savoir si les descendants des indigènes avaient le droit de racheter les terres aux résidents qui avaient pris la place de leurs ancêtres ou même d'en chasser quelques-uns est une interrogation insoluble qui dépend de la seule morale et du seul parti pris de chaque individu. Et c'est finalement la force qui fait loi.

 

Jacques Ellul avait néanmoins tenté de répondre "laïquement" à ceux qui avaient fait le choix de prendre parti pour les Arabes. Cette réponse parut dans un article intitulé "À qui appartient la Palestine?" (publié en 1981 dans le journal « Réforme ») dont voici le contenu.  

 

« Je m’excuse d’encombrer les colonnes de « Réforme » en revenant sur la question de la Palestine, mais il est assez difficile de laisser passer certaines affirmations péremptoires. Je me bornerai à 6 remarques.  

 

1. - Tout d’abord on ne peut tirer aucun argument des statistiques de l’époque ottomane et même de l’entre-deux-guerres : elles sont totalement fantaisistes. Pour la même année, les sources ottomanes varient de 300 à 650 000 habitants pour la Palestine, de 20 à 60 000 habitants pour Jérusalem. Allez donc faire des pourcentages de Juifs et d’Arabes là-dessus. A cela s’ajoute le fait de la grande quantité de nomades (bédouins) impossible à dénombrer. Mais ce que l’on sait, c’est qu’entre les deux guerres, s’il y a eu arrivée des Juifs dont on parle toujours, il y a eu aussi une entrée massive d’Arabes en Palestine sous mandat britannique.  

 

2. - Les Palestiniens n’existaient pas en tant que groupe significatif, ethnique, culturel. Ils n’ont rien de commun avec des peuples comme les Kurdes, les Turcs, les Druzes, les Maronites qui sont une entité spécifique. Les Palestiniens étaient simplement des Arabes habitant en Palestine, et qui auraient pu, sans mal, habiter ailleurs, en Jordanie, en Syrie ou en... Arabie. On répondra que maintenant grâce à leur lutte, grâce à l’O.L.P., ils forment un peuple spécifique. Je veux bien, mais alors il faut appliquer le même critère aux Juifs, dont on dispose aisément. « Qu’ils retournent chez eux ! » Désolé ! Depuis 35 ans qu’ils luttent, ils forment un peuple, une nation, une réalité politique spécifique encore plus forte que celle des Palestiniens.  

 

3. - « Il est évident que la Palestine appartient en droit comme en fait aux Arabes». On croit rêver ! (il est vrai que dans « Le Monde » on a pu lire que les Palestiniens descendaient en droite ligne des Philistins, antérieurs aux Hébreux !). Car enfin comment les Arabes sont-ils venus en Palestine ? Ils sont tombés du ciel comme de bons anges ? En réalité ils se sont installés là par la guerre, la conquête, la violence, le massacre. Jusqu’à eux et que ce soit sous les Grecs, sous les Romains ou sous Byzance, la Palestine était d’abord peuplée de Juifs. Les Juifs ont été chassés par les Arabes. En face de cela les Juifs y sont revenus avec mandat international, rachat de terres, etc. Et, entre temps, la Palestine avait été sous des dominations multiples, française, ottomane, égyptienne, etc. Et il ne faut pas oublier que les Turcs ne sont pas des Arabes ! Il n’y a rien « d’évident » quant à la propriété des Arabes sur cette terre.  

 

4. - Quoique cela soit très désagréable, et parmi les choses qu’il ne convient pas de dire, il faut rappeler que les Arabes de Palestine sous la haute direction du Grand Muphti de Jérusalem ont été des alliés décidés des nazis, ont reconnu le régime hitlérien et ont combattu les armées des nations antifascistes. On a admis que les peuples alliés aux nazis devaient être « punis... » mais il ne fallait pas, bien sûr, toucher aux Palestiniens !  

 

5. - Jérusalem ville sainte... de tout le monde ! Il ne faut pas exagérer. Pour les Arabes elle est aussi, et accessoirement une ville sainte, bien après La Mecque et Médine. Pour les protestants, il n’y a pas de ville sainte ; pour les catholiques c’est d’abord Rome et secondairement Jérusalem. Il n’y a que pour les Juifs qu’elle soit une ville sainte, unique et absolue. L’histoire de « Jérusalem, ville sainte indispensable aux musulmans » est un pur argument ad hoc polémique.  

 

6. - Enfin je voudrais rappeler comment la ville sainte fut traitée par les Arabes quand elle était sous domination jordanienne. Non seulement les Juifs de Jérusalem furent progressivement exclus de leur quartier où il était interdit de reconstruire les maisons juives en mauvais état. Mais entre cent autres, deux faits : il y a à l’est de Jérusalem le cimetière juif, le plus sacré de tous. Les Arabes en ont arraché les pierres tombales et ont construit avec des cabinets publics (je l’ai vu). Il y a un lieu où se situe la « Tombe du Jardin », où des fouilles archéologiques avaient découvert une tombe qui pourrait être le plus vraisemblable des sépulcres de Jésus. Les Arabes ont largement entamé ce lieu pour y construire une station d’autobus. Et finalement je ne cesserai jamais de dire que si les Palestiniens ont été très malheureux en tant qu’expulsés et personnes déplacées, ils partagent le sort de dizaines de millions ; y compris les Français d’Algérie.  

 

Pourquoi seuls les Palestiniens provoquent-ils une telle passion, un tel amour, pourquoi sont-ils seuls comptés comme des « pauvres », des déshérités... ? Ce n’est pas la justice qui anime ces discours, mais la haine du Juif. »

 

À propos de « pauvres, déshérités », ajoutons que les Palestiniens reçoivent énormément d’argent de la part des pays occidentaux, arabes et autres, ainsi que d’instituts privés. Malheureusement, cet argent ne sert généralement pas à aider les plus démunis ni à financer des projets sociaux... mais plutôt à entretenir le conflit (achat d’armes, financement de groupes terroristes, etc.) ainsi qu’à payer des fonctionnaires et dirigeants palestiniens souvent corrompus. Yasser Arafat en fut un bon exemple : ce milliardaire égyptien maintenait son peuple dans la précarité pour pouvoir mieux l'utiliser !…Les propagandistes antisionistes et les médias mainstream se gardent toutefois bien de dévoiler ce genre de vérité. Sans doute préfèrent-t-ils entretenir le mythe d’un Israël méchant, impérialiste et colonialiste responsable de la misère palestinienne.

 


III. Qu'est-ce que le sionisme?

À l'origine, le sionisme n'est rien de moins que l'aspiration des Juifs à retourner dans leur antique patrie. Depuis leur exil et à travers les âges, beaucoup d'entre eux ont pu répéter avec foi: "L'an prochain à Jérusalem!" Les plus courageux d'entre eux y sont retournés avant même que le mouvement "sioniste" ne soit créé. Cette proclamation constitue, à notre sens, ce qu'on pourrait appeler "le germe du sionisme".

 

Plus couramment, le sionisme désigne un mouvement religieux et politique né au XIXe siècle, incluant de nombreuses nuances et différentes factions, toutes ayant généralement pour objectif un foyer national pour les Juifs. L'idéologie sioniste soutient que le peuple juif est un peuple comme les autres et qu’il devrait donc se rassembler dans un seul pays. En cela, le sionisme était identique aux mouvements de libération nationaux italiens et allemands du dix-neuvième siècle.

 

Le terme "sionisme" aurait vraisemblablement été inventé en 1891 par le publiciste Nathan Birnbaum, pour décrire les premiers efforts et idées visant à faire retourner les juifs vers leur patrie d’origine.

L’étymologie du mot sionisme correspond au mont Sion à Jérusalem. Il a également une forte connotation biblique puisque dans celle-ci, Sion désigne la ville de Jérusalem et, par extension, tout ce qui personnifie la présence et la bénédiction de Dieu. Toujours dans la Bible, le terme « Fille de Sion » peut désigner aussi Jérusalem et sa population, ainsi que l'ensemble du peuple juif (et par extension chrétien).  

 

Le mouvement sioniste le plus célèbre a été fondé par Théodore Herzl en 1897, incorporant les idées de ses prédécesseurs juifs, comme l’association Les Amants de Sion (חובבי ציון, Hovevei Tsion). Mais dès le début, plusieurs Juifs n'étaient pas forcément d'accord avec sa vision étatiste du sionisme. Certains d'entre eux, notamment des "sionistes anarchistes", souhaitaient uniquement établir un foyer national pour le peuple juif en terre d'Israël. 

 

Par ailleurs, le sionisme est une idéologie qui concerne aussi certaines mouvances chrétiennes qui croient aux prophéties bibliques relatives au retour du peuple juif en Israël, avant l’avènement de Jésus Christ. Enfin, est potentiellement sioniste quiconque estime, en dépit de ses motivations profondes, que les Juifs devaient retourner vers leur patrie antique.


IV. Le sionisme chrétien

William Hechler
William Hechler

Certains chrétiens, comme le pasteur William Hechler, ont joué un rôle déterminant pour le mouvement sioniste du XIXe siècle. En effet,  alors que Théodore Herzl examinait les possibilités d'une nation juive au Congo ou au Mozambique, c'est en partie sous l'impulsion de William Hechler qu'il se décidera pour Israël. Notons aussi que certains ouvrages chrétiens ont été écrit bien avant celui de Théodore Herzl, comme par exemple le livre de Thomas Brightman Revelation of the revelation (sorti au début du XVIIe siècle), Le Destin d'Israël (1856) d'Émile Guers, le petit traité de William Hechler The Restoration of the Jews to Palestine (1884), ou encore Essai sur l’Apocalypse de Frédéric Godet (sorti juste après l’ouvrage de T. Herzl), entre autres. Leur lecture des Saintes-Écritures les ont tous amenés à croire que les Juifs retourneraient un jour vers leur patrie antique. Et l’histoire leur a donné raison. 

Émile Guers
Émile Guers

Voici par exemple une phrase étonnante tirée du livre Le Destin d’Israël (1856) d’Émile Guers, dont on pourrait presque croire qu’elle fut écrite après 1948  :

 

Un nombre considérable de Juifs, forts sans doutes des encouragements et du concours des grandes puissances occidentales, viennent de rentrer dans leur patrie et d’y reconstituer leur antique nationalité…les Juifs sont donc bien revenus alors dans leur patrie, et ils y sont revenus incrédules et impénitents pour la plupart…

 

Selon lui, ce retour politique et humain serait la première phase de 7 étapes nécessaires à la Restauration d’Israël.

 

John Nelson Darby
J.N Darby

Le dispensationalisme

On ne saurait bien comprendre le sionisme chrétien (contemporain), sans comprendre au préalable la doctrine dispensationaliste de John Nelson Darby, lui-même probablement inspiré par les travaux du Français Pierre Poiret. Doctrine dont l'une des bases est justement la distinction entre Israël et l'Église dans le plan de Dieu (en opposition à la théologie catholique dite « de la substitution »). Et quoique discutable sur un certain nombre de points, cette méthode d'interprétation permit au moins à certains chrétiens de comprendre que Dieu n'avait pas totalement rejeté son ancien peuple, qu'un reste est parvenu (et parviendrait) au salut et que des promesses subsistaient pour les Juifs (voir Romains XI). Seulement, le pendant négatif de cette doctrine est qu'elle peut aussi conduire à un judéocentrisme trop marqué jusqu'à en faire oublier le christocentrisme et minimiser le rôle et l'importance de l'Église de la Nouvelle Alliance. En effet, pour expliquer l'apparente ruine de l'Église, c'est-à-dire sa progressive diminution et apostasie, Darby émit l'hypothèse que l'Église véritable allait être enlevée et que l'Israël physique reprendrait le rôle principal. Si bien que la mission d'établir le Royaume de Dieu sur terre incomberait aux Juifs et non aux Chrétiens, ceux-ci devant simplement attendre leur "enlèvement" au ciel. En conséquence, même si Darby a pu faire des brillantes et intéressantes analyses (notamment sur l'organisation de l'Église), une partie de sa théologie peut s'avérer assez nuisible.

 

Conclusion : une approche véritablement chrétienne du sionisme

Ainsi nous avons pu voir qu'il y a diverses approches possibles du sionisme (juives, chrétiennes ou laïques), et que cela n'implique pas nécessairement qu'on soit d'accord avec toutes les positions qu’on lui attribue, ni avec toutes les options politiques et militaires de l’État d’Israël. En effet, les partis de droite et de gauche israéliens sont parfois tout autant ennemis du peuple juif que ne le sont l’autorité palestinienne et les groupes paramilitaires à l'égard du peuple arabe qu'ils régentent. C’est pourquoi, dans une approche chrétienne, en particulier, le sionisme devrait simplement se limiter à la conviction que la terre d'Israël a été l’héritage accordé à la descendance physique d’Isaac (père de Jacob ; des Israélites) et non à celle d’Ismaël ou de Madian (pères des Arabes), ces derniers bénéficiant déjà des territoires frontaliers et bien plus encore. Par conséquent, le sionisme chrétien en tant que croyance en l’accomplissement prophétique du retour des Juifs dans leur pays, concorde avec l’enseignement biblique (Jérémie XXX, 2-3; Amos IX, 13-15; Ézéchiel XXXVII, 21, etc.) ; en revanche, le sionisme chrétien dans son aspect « activiste politique » ne semble pas concorder avec l’enseignement de la Bible pour l’Église. L'Apocalypse (III, 9-10) nous met d'ailleurs en garde contre la « synagogue de Satan », « ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas ». Autrement dit : ceux qui détestent le Christ et les chrétiens, tout en les utilisants à des fins politiques et financières (voir aussi Tite I, 10-14).  Par ailleurs, ce verset de l’Apocalypse semble aussi confirmer que certains Juifs se font passer pour des descendants d’Abraham, Isaac, Jacob, alors même qu’ils n’ont aucun lien de parenté avec ces patriarches.  

 

Retenons donc que les chrétiens devraient trouver un certain équilibre pour ne tomber ni dans l'antisionisme ou l'antijudaïsme des uns, ni dans la judéophilie parfois excessive des autres (notamment avec la droite évangélique américaine). En effet, le judaïsme tel qu'il est appliqué aujourd'hui  (talmudique/kabbalistique) rejette avec véhémence le Christ ; il n'y a donc pas lieu de soutenir cette religion plutôt qu'une autre, fût-elle « inspirée de la Bible ».

 

Néanmoins, il ne fait aucun doute qu'Israël garde aussi une place très importante dans la pensée chrétienne, et pas uniquement sur le plan eschatologique. Car s'il est vrai que la majeure partie de ce peuple était tombée dans l'endurcissement, ouvrant par ce malheur la voie aux Gentils, il ne faut pas oublier que nos ancêtres spirituels et surtout les premiers Chrétiens étaient Juifs. Aussi un reste de ce peuple est toujours demeuré fidèle. C'est pourquoi nous devons espérer plus ardemment que les enfants de l'Ancienne Alliance viennent toujours plus nombreux au Christ, afin de donner un nouveau souffle à l'Église, pour constituer le "tout Israël" (Juifs et non-Juifs en Christ) et travailler plus favorablement pour le Royaume de Dieu.


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