Anarchisme chrétien

« Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. Il n'en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur.»  

(La Bible, Matthieu XX, 25-26)


I. Définition

Anarchiste Chrétien veut dire : 1. Disciple du Christ ; 2. Négateur de toute autorité (extérieure).

II. « Anarchiste » parce que Chrétien...

Le mot anarchie pourrait susciter à l'esprit des images de violence, de chaos, et de désordre. L’anarchisme chrétien n’est pas cela. Pas plus qu’une nouvelle religion « tendance » perdue dans les milliers de confessions différentes du christianisme. Alors qu’est-ce que c’est ? On pourrait dire que c’est une façon de penser et/ou de concevoir la foi avec une approche plus critique de l’organisation sociale. En effet, depuis le IVe siècle jusqu'à nos jours, la majorité des chrétiens ont eu l’habitude de suivre naïvement tous les pouvoirs en place, en se réfugiant derrière des Églises souvent collaboratrices, et quelques versets pour se justifier. Pourtant, bien d’autres textes bibliques montrent que la foi chrétienne envisagée dans son rapport à la politique, dispose à la dissidence, à la récusation même de tout pouvoir et de toute hiérarchie, déjà par le simple fait que « nul ne peut servir deux Maîtres » (Lc XVI, 13). Ce passage constitue l'un des fondements de l’anarchisme chrétien. De plus, d'un point de vue étymologique « anarchie » (du grec an-arkhé) marque une opposition au pouvoir, ajoutez-y « chrétien », et vous avez là le mot composé définissant ceux qui ne reconnaissent qu’un seul gouvernement et ascendant valable : Jésus-Christ et Son Royaume ! Ainsi se distingue-t-il de tous les autres courants anarchistes. 

 

D’autre part, les dirigeants spirituels de la société nous ont trop longtemps dominés en nous disant comment vivre ; en nous forçant à l'obéissance par la normalité culturelle. Nous avons été endoctrinés par la télévision, la musique et la culture pop. Nous avons été nourris à la petite cuillère par la propagande de nos professeurs de prosélytisme et des gourous du marketing, des médias et de la publicité. Grâce à leur tromperie, la société a cédé la place au dieu de l'humanisme et du matérialisme. Et les résultats sont catastrophiques ! Regardez autour de vous et vous verrez ce que les autorités ont fait. Regardez encore de plus près et vous découvrirez : la tristesse, la souffrance et le vide d’un monde d’illusion, dans lequel plus nous achetons et plus sommes déçus. Même au niveau relationnel, nous nous "consommons". On nous ment constamment et pourtant nous sommes heureux d’obéir. C’est pourquoi, nous avons besoin d'une révolution ! L’anarchisme chrétien est la rébellion violente contre ces lois spirituelles et les autorités, par la soumission unique à Jésus-Christ.

 

Jésus vint et accomplit le plus grand acte révolutionnaire en s'offrant en sacrifice pour le salut du monde. Il a vaincu toutes les autorités qui nous dominent (physiques et spirituelles). Par conséquent, Christ est la seule autorité, le seul être suprême digne d’obéissance.

 

...il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d'elles par la croix. » - Colossiens II,15 

 

 

Conclusion  

anarchiste + chrétien = christocrate 

 

 

Quelques références bibliques : 

 

Genèse VI, 5 ; X, 8 ; XI, 3-8 ; Exode III, 7-10 ; Lévitique XIX, 13-15 ; Juges VIII, 23 ; XVII, 6 ; XXI, 23-25 ; I Samuel II, 4 ; VIII, 5-20 ; Psaumes II, 2-3 ; LXXII, 1-14 ; LXXXII, 2-4 ; CXLVI, 3-7 ; Ecclésiaste III, 16 ; V, 7 ; VIII, 9 ; Ésaïe I, 15-17, 23 ; II, 4 ; LV, 1-3 ; LVIII, 6-8 ; LXV, 22 ; Jérémie XXV, 34 ; Ézéchiel XXXIV, 10 ; XXXIX, 17-20 ; XLV, 8 ; Daniel VII, 27 ; Osée VIII, 4 ; XIII, 10-11 ; Amos VI,13 ; Michée II, 1 ; III, 11 ; Aggée II, 22 ; Matthieu IV, 8-10 ; V, 10 ; XX, 25-26 ; XXIII, 8-12 ; XXV, 31-46 ; Marc X, 42-44 ; Luc I, 51-53 ; IV, 5-8 ;18-19 ; XVI, 13 ; XVII, 21 ; XXII, 25-26 ; Jean VI,15 ; VIII, 32 ; 36 ; XII, 31; XIV, 30 ; XV, 18 ; XVI, 10-11; XVII,16 ; XVIII, 36 ; Actes II, 44-46 ; IV, 25-26 ; 32-35 ; V, 29 ; Romains III, 4 ; VIII, 19 ; XII, 2 ; I Corinthiens II, 6 ; III, 18 ; VI,1-6 ; VII,23 ; X, 29 ; XV, 24 ; II Corinthiens IV, 4 ; Galates IV,7 ; 21-31 ; V,1 ; Éphésiens I, 20-22 ; Philippiens II, 4 ; III, 7-9 ; Colossiens II,10 ; 15 ; Hébreux XIII, 3 ; 14 ; Jacques II,12 ; IV, 12 ; I Jean II,15; V,19 ; Apocalypse XI, 15 ; XIII, 4-18 ; XVIII...


III. Quelques figures emblématiques

Après Jésus-Christ et les proto-chrétiens, de nombreux « marginaux » à travers l'histoire pourraient être considérés comme des figures clés dans le développement de l'anarchisme chrétien. Des plus pacifistes au plus pugnaces, les personnes ci-dessous ne sont que quelques protagonistes parmi d’autres (depuis l'époque de la Réforme) :

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Thomas Müntzer

Thomas Müntzer

Thomas Müntzer* ou Münzer (v.1490-1525) était un prédicateur révolutionnaire du début du XVIe siècle. Théologien d'abord rallié à Luther, il prit la tête du soulèvement armé qui, en 1525, traversa le sud de l'Allemagne, contre les seigneurs féodaux et le clergé. Ce soulèvement regroupa des ouvriers des mines, des paysans, des hommes "du commun" dans une guerre qui devait passer à la postérité sous l'appellation de Guerre des Paysans. Peu après l'extermination des insurgés à la bataille de Bad Frankenhausen en mai 1525, Thomas Müntzer fut arrêté, torturé et décapité.

 

 

Les grands de ce monde font tout ce qui leur plaît. Voyez donc, le comble de l'usure, du vol et du brigandage, voilà nos seigneurs et nos princes ; il faut que tout leur appartienne. Ensuite, ils notifient aux pauvres le commandement de ne point voler ! mais, pour leur compte, ils ne se croient point tenus d'obéir. Ainsi les voyons-nous à présent opprimer tous les hommes […] Mais si je parle de la sorte, on me traite de séditieux, allons donc !

 

*Thomas Müntzer apparaît rarement comme référence. Son appel à une résistance « active » plutôt que « passive » en est probablement la cause. 


Conrad Grebel & Felix Manz

Conrad Grebel & Felix Manz

Conrad Grebel (v.1498–1526) et Felix Manz (v.1500-1527) sont les membres fondateurs du mouvement des « Frères suisses » (Schweizer Brüder), considérés aussi par certains comme les pères de l'anabaptisme. 

 

Proches des idées de Thomas Müntzer (avec qui ils ont entretenu une correspondance), Grebel et Manz furent aussi opposés aux autorités civiles et religieuses mais préférèrent adopter une « résistance pacifique ». Très attachés à la Bible, ils souhaitaient revenir au baptême scripturaire (c.-à-d. à l'âge de raison). De cette doctrine découla plusieurs disputes avec les autorités et plusieurs condamnations qui aboutirent à l'emprisonnement de Conrad Grebel. Aidé par ses proches, ce dernier réussit toutefois à s'évader en mars 1526, mais mourut quelques mois plus tard de la peste.

 

Felix Manz, quant à lui, fut accusé de vouloir créer sa propre Église, d'interdire le port des armes et l'accès au Magistrat, d'exiger le partage des biens et de ne pas avoir respecté ses engagements antérieurs. Condamné à mort par les autorités civiles, il fut noyé le 5 janvier 1527 dans la Limmat à Zurich.

 

Christ est le seul chef de ceux qui doivent être sauvé.

Søren Kierkegaard

Søren Kierkegaard (1813 - 1855) est un philosophe et théologien danois, considéré parfois comme le père de l’existentialisme (bien qu’il n’ait lui-même jamais utilisé ce terme).

 

Issu d’une famille aisée, Kierkegaard n’en connaît pas moins les difficultés de l’existence : la souffrance, l’angoisse, la mélancolie (dépression), le péché, la culpabilité, la maladie, la mort, etc. sont des thèmes récurrents dans ses écrits.

 

Penseur solitaire, presque inconnu de son vivant, à la fois profondément chrétien et opposé à tout système (littéraire, ecclésiastique, philosophique), renonçant à une vie de famille et à une carrière de pasteur, Kierkegaard consacra toute son existence à une réflexion théologique et philosophique intense en dehors des conventions et des institutions. Pour lui, si la plupart des gens suivent les normes sociales c’est parce qu’ils vivent une vie « esthétique » dans laquelle rien n’a plus d'importance que les apparences, les plaisirs et le bonheur. Il vaut donc mieux – même si c’est difficile – s’émanciper des masses.

 

Il est ainsi l’archétype du penseur anarchiste chrétien, dont s'inspirera d’ailleurs des hommes tels que Dietrich Bonhoeffer ou encore Jacques Ellul.

 

Si vous voulez être odieux à Dieu, il suffit juste de courir avec le troupeau…

Léon Tolstoï

Léon Tolstoï

Grand écrivain russe, Léon Tolstoï (1828-1910) est principalement connu pour ses romans, ainsi que pour son engagement social, pacifique, anti-militaire, anti-clérical et anti-État. Fervent chrétien – mais n'appartenant à aucune "chapelle" –, Tolstoï est aussi connu comme un personnage complexe et paradoxal du fait de ses opinions moralistes et ascétiques qu'il a adopté lui-même après une crise morale en 1870. Sa redécouverte de l'Évangile fut, en quelque sorte, la réponse à sa quête de sens et atténua ses envies suicidaires (évoqué dans son livre Confession).

 

Notons au passage que c'est suite à l'apparition de son livre "Le royaume de Dieu est en vous", qu'on commença à entendre parler d' anarchisme chrétien.

 

Le gouvernement est une réunion d'hommes qui fait violence au reste des hommes.
Le christianisme dans sa véritable signification détruit l'État.

Jacques Ellul

Jacques Ellul

Jacques Ellul (1912-1994) est un penseur français, sociologue, historien, théologien et… anarchiste chrétien! Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages et d’une centaines d’articles. Surtout connu pour sa critique de la Technique (ou disons de la société technicienne pour simplifier), Ellul est aussi l’un des pionniers de la pensée écologiste et probablement le premier à avoir théorisé l’anarchisme chrétien.

 

Ses nombreuses formations et sa foi chrétienne lui ont permis de décrypter au mieux le monde moderne. Jacques Ellul est incontestablement le plus grand penseur du siècle dernier et sa pensée demeure encore plus pertinente aujourd’hui.    

 

[Conformément à Luc 4] on peut dire sans hésiter que tous ceux qui ont le pouvoir politique, même s'ils l'utilisent bien, l'ont obtenu par la médiation diabolique et sont, même s'ils en sont inconscients, des adorateurs de diabolos.

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