Propriété, état, banque, capitalisme

« N'est-ce pas les riches qui vous oppriment et qui vous traînent devant les tribunaux ?… À vous maintenant, riches ! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous. »

(La Bible, Jacques II, 6 ; V, 1)


Introduction

Pour bien comprendre l'ordre abject dans lequel nous vivons et pour espérer un jour briser les chaînes de l'esclavage, il faut commencer par connaître les principaux rouages du système. Et pour cela, il faut les chercher à leur racine et les définir selon la vérité et non selon quelque abstraction bourgeoise et alambiquée. La propriété, l'État, la banque et le capitalisme sont quatre piliers de l'asservissement des peuples. À quoi s'ajoutent, bien sûr, le technicisme et le scientisme que nous traitons à part. Sans oublier la plupart des religions qui n'ont souvent été que des formes de justifications spirituelles de l'exploitation, notamment à travers les concepts de Providence et de prédestination ; ou du moins, les religions ont souvent été des sortes de palliatifs pour aider les hommes à mieux supporter la misère et les injustices au lieu de les combattre. Exception faite, bien sûr, du christianisme primitif, qui, de l'aveu même de plusieurs penseurs révolutionnaires et laïques, portait les germes de la vraie révolution sociale.

 

Or, justement, étant nous-même resté attaché aux idéaux du christianisme primitif, nous voulons montrer ici pourquoi la véritable doctrine chrétienne est incompatible avec les piliers de ce système… système que nous appelons justement "antichrist" en partie pour ces raisons.

 

Il faut en effet se souvenir que la vraie religion ou la vraie foi suppose d'œuvrer pour désaliéner le plus de personnes possible, ne serait-ce qu'en vertu du deuxième plus grand commandement (Mt XXII, 37-40). Aussi le Seigneur, par l'organe du prophète Isaïe, disait (Is LVIII, 6) : "Voici le genre de jeûne que je préconise : détacher les chaînes de la méchanceté, dénouer les liens de l'esclavage, renvoyer libres ceux qu'on maltraite. Mettez fin aux contraintes de toute sorte." Et le théologien révolutionnaire Thomas Müntzer écrivait : "Il faut que toi, l'homme du commun, tu deviennes savant toi-même, afin de ne pas être égaré plus longtemps." L'ignorance est un fléau qui détruit les hommes et les peuples (cf. Os IV, 6). Nous voulons donc, par ces lignes, participer à une œuvre édificatrice en vue de donner la possibilité aux gens ordinaires de comprendre leur propre aliénation pour en sortir progressivement. Et cela passe par l'expropriation de la classe possédante du champ de la pensée, à défaut de pouvoir l'exproprier du reste dans l'immédiat.


1. La propriété

La propriété peut être regardée comme le premier pilier de la société civile et inégalitaire. Au plus loin que l'on puisse remonter, il semblerait que ce soit Caïn, le premier meurtrier et père des religions mythologiques, qui l'ait instituée en construisant une ville (Ge IV, 17). Cependant, au début de l'humanité, cela ne posait pas encore de problème dans la mesure où la propriété de l'un ne portait pas préjudice à l'autre. Ce n'est donc que plus tard que des difficultés apparaîtront.

 

Dans son Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau a très bien résumé ce qui a dû se produire : "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire, 'ceci est à moi', et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile." À sa suite, Proudhon donna à la propriété l'une des définitions les plus honnêtes et concises : "La propriété, c'est le vol !"

 

En effet, à moins d'être un bourgeois attaché à ses privilèges au point de nier l'évidence, on ne saurait mieux définir la propriété telle qu'on la connaît. Car la propriété n'est à l'origine rien d'autre que l'accaparement d'un bien commun par un petit nombre d'hommes, au détriment du plus grand nombre. Et que cela fût par la violence ou par des conventions ne change rien à l'affaire. Le fait que certains détiennent des parcs immobiliers, des forêts, ou même des sources d'eau, alors que d'autres n'ont pratiquement rien, devrait nous convaincre que la définition proudhonienne est bien conforme à la réalité.

 

D'ailleurs, pour Proudhon, la question sociale tout entière se résumait dans la propriété. Cependant, vers la fin de sa carrière, le père de l'anarchisme laïque deviendra un défenseur de la propriété, ce qui ne manquera pas de le discréditer aux yeux de certains marxistes. Proudhon n'étant pas un penseur à système (contrairement à Marx), il n'est pas rare de trouver chez lui quelques contradictions. Toutefois, à sa décharge, sa défense tardive de la propriété n'est pas forcément le signe d'un embourgeoisement de sa pensée, mais elle paraît plutôt reposer sur sa défiance vis-à-vis de l'État, contre lequel la propriété pourrait alors offrir une sorte de protection. Elle s'inscrit donc tout à fait dans sa conception de la liberté. Et quoiqu'il ne l'ait pas explicitement écrit, nous pourrions faire la synthèse suivante à partir de ses deux formules : la propriété telle qu'on la connaît est bien une forme de vol, mais la propriété pourrait aussi devenir une liberté et une égalité si elle était donnée à chacun (par tirage au sort ou autres).

 

Pour ce qui est de la Bible, notre référence première, nous trouvons déjà dans l'Ancien Testament une critique des grands propriétaires fonciers, lesquels préemptaient des maisons et des terrains (Isaïe V, 8) : "Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, et qui joignent champ à champ…" Plus tard, les premiers chrétiens, remplis de l'Esprit, avaient probablement conscience du problème et c'est pourquoi ils vendaient leurs propriétés pour mettre tout en commun entre frères (Actes II, 44-46 ; IV, 32-35). C'est aussi la raison pour laquelle Thomas Müntzer avait pu écrire, bien avant Proudhon, que l'appropriation d'un bien commun relève effectivement du vol : "Voyez donc, le comble de l'usure, du vol et du brigandage, voilà nos seigneurs et nos princes. Ils s'approprient toute créature : poissons dans l'eau, oiseaux dans l'air, végétation sur terre, il faut que tout leur appartienne."

 

Enfin, rappelons que la terre est une création de Dieu et qu'elle devrait normalement revenir en premier lieu à ses enfants, c'est-à-dire aux fidèles. Par conséquent, nous pouvons réellement dire que la propriété, telle qu'on la connaît, est issue de la spoliation, et qu'elle en est même quelque part la perpétuation.

 


2. L'État

Léon Tolstoï affirmait que le christianisme, dans sa véritable signification, détruit l'État. Les chrétiens institutionnels ou bourgeois pensent au contraire qu'il est nécessaire de le maintenir et que l'on peut éventuellement moraliser la "Bête" en faisant de la politique. Qui a raison ?

 

Tout d'abord, contrairement à une idée reçue, l'État ce n'est pas nous. Ce n'est pas non plus un organisme qui incarne, représente ou synthétise les valeurs communes d'une population. Non, l'État est plutôt l'institution suprême des possédants qui ont réussi à supplanter les anciennes structures familiales, tribales, claniques, "ecclésiastiques" qui s'étaient associées volontairement pour former une nation ou une communauté de valeurs.

 

Selon Engels, l'État est l'institution destinée à perpétuer la division de la société en classes et à maintenir le droit de la classe possédante à exploiter celle qui ne possède rien. L'État est donc une abstraction politique qui ne repose ni sur les lois des sages d'une famille ou d'une nation, ni sur les lois divines, mais qui émane plutôt de la loi du plus fort. C'est pourquoi l'on peut vraiment dire, avec Max Weber, que "l'État c'est le monopole de la légitime violence". Monopole qui appartient bien sûr à la classe possédante. En d'autres termes, le pouvoir politique, donc quelque part l'État, c'est "le pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une autre", pour reprendre une définition communiste. Pouvoir organisé et oppressif qui existe aussi, et même de manière paroxystique, dans les pays prétendus communistes. La Chine et la Corée du Nord en sont aujourd'hui des exemples frappants.

 

Notons que les droits de l'homme et l'État de droit sont aussi des abstractions destinées à couvrir la réalité qui est que le seul droit qui prévaut est celui des possédants. Quant à l'État social, que plusieurs appellent "État-providence", il n'est que la "bonne conscience" que veut s'offrir un État en compensation de ses nombreuses injustices. C'est aussi un moyen de tempérer les esprits pour éviter une révolte sociale. De plus, les diverses assurances et assistances sociales laissent planer l'idée que, finalement, l'État, donc la classe possédante, serait presque charitable et qu'il faudrait le remercier pour les "miettes" qu'il daigne bien donner. On en oublierait presque la charité du pauvre qui consiste à laisser vivre et à ne pas voler ceux qui lui ont tout pris. Du reste, on remarquera qu'aujourd'hui les prestations et les acquis sociaux sont progressivement détricotés dans de nombreux pays, ce qui tend à montrer que la classe possédante contemporaine est encore pire que la précédente.

 

Naturellement, mieux vaut un État social qu'un État seulement oppressif, mais l'un ne saurait réparer et faire oublier tous les maux engendrés par l'autre.

 

Qui contrôle réellement l'État et que dire de la démocratie ?

La plupart des États sont aujourd'hui principalement contrôlés par les banques, les grandes multinationales, les firmes technologiques et le complexe militaro-industriel. Ce qu'on appelle "démocratie" n'est que le vulgaire paravent de cette ploutocratie techno-libérale. Car non seulement la majorité d'un peuple est trop aliénée par la propagande et l'industrie du divertissement pour pouvoir se déterminer librement et réfléchir à l'intérêt général et aux grands enjeux politiques, mais en plus de cela les objets soumis au vote sont en général d'ordre secondaire (votez a ou b, gauche ou droite, bonnet blanc ou blanc bonnet). La démocratie, qu'elle soit représentative ou semi-directe, n'est donc pas du tout le régime de la souveraineté populaire, mais plutôt le régime d'une minorité possédante qui manipule et instrumentalise une majorité en vue de justifier et conserver ses propres intérêts. Même en Suisse où le jeu démocratique est mieux fait (initiative populaire et référendum), c'est une réalité que l'on ne peut pas ignorer. Ou alors, demandez-vous que feraient tous ces lobbyistes au parlement si le peuple était réellement le seul souverain. Et ce n'est là que la partie visible de l'iceberg.

 

Quoi qu'il en soit, même si la démocratie était bien réelle, on ne saurait davantage la trouver raisonnable. Car que le 50,1% d'un peuple, qui n'a pas forcément plus raison qu'une autre partie, puisse imposer ses vues à l'ensemble de la population n'est pas quelque chose de raisonnable. Churchill avait tort de penser que la démocratie est le moins mauvais de tous les systèmes. D'autant qu'il aurait dû savoir que c'est une démocratie parlementaire qui a permis l'avènement d'Adolf Hitler en Allemagne. Certains démocrates essaient bien sûr de contester cette réalité historique, mais il faudrait alors leur demander sous quel régime, selon eux, se trouvait la République de Weimar.

 

Par ailleurs, c'est une forme de démocratie populaire et directe qui a permis la crucifixion de Jésus-Christ (Mt XXVII, 22-24). Mal, bien sûr, qui a été retourné en bien.

 

Pour toutes ces raisons, nous pouvons réellement dire que la démocratie est un mauvais régime politique.

 

Les Instruments de l'État

Lois, justice et forces de l'ordre

Dès lors que l'on comprend à qui appartient l'État, l'on comprend aussitôt qui font la plupart des lois et à qui elles profitent. C'est pourquoi Rousseau pouvait dire : "Dans le fait, les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent, et nuisibles à ceux qui n'ont rien." Et Tolstoï écrira : "Ce qui donne le pouvoir de faire des lois est aussi ce qui permet d'en assurer l'exécution." En effet, dans un État bourgeois, ce qu'on appelle "justice" est l'organisme chargé d'appliquer le droit de la classe possédante, moyennant finances. Et ce qu'on appelle "forces de l'ordre" (armée, gendarmerie, police) sont les instruments coercitifs destinés en premier lieu à défendre cette classe et ses intérêts, c'est-à-dire à maintenir son ordre et donc à neutraliser ceux qui les menacent, toujours en échange d'un salaire. Et bien sûr, accessoirement, à réprimer des infractions réelles pour contenter les autres.

 

À l'origine, aussi bien les juges que les forces de l'ordre étaient des membres d'une collectivité qui agissaient en principe bénévolement, au nom de celle-ci ou d'un idéal religieux. Les plus sages jugeaient les affaires courantes et les plus forts arrêtaient les criminels et/ou protégeaient la communauté contre diverses menaces. Il s'agissait donc plutôt de guerriers. Progressivement, les plus intelligents et les plus forts n'ont plus voulu servir la collectivité, mais plutôt se faire servir par elle. C'est ainsi que l'injustice a commencé. Peu à peu, les guerriers sont devenus des soudards ou des soldats, c'est-à-dire des hommes forts soudoyés par les possédants, autrement dit à leur solde (le mot soldat a d'ailleurs pour racine "solde"). C'est ainsi que sont nées la justice et les forces de l'ordre telles qu'on les connaît.

 

À noter que dans la Bible, la figure de Nimrod, nom signifiant "rebelle" (sous-entendu rebelle à Dieu), relate ou illustre assez bien ce basculement. Après l'épisode du déluge, nous apprenons que c'est lui qui commença à être puissant sur la terre et qu'il fut appelé pour cela "vaillant chasseur devant l'Éternel". Sans doute s'agissait-il d'un homme très fort, d'un bon chasseur qui fut séduit plus tard par la volonté de puissance et qui utilisa sa force pour dominer les autres. Autrement dit, Nimrod fut à notre connaissance le premier homme de l'humanité post-diluvienne à étendre sa domination sur d'autres familles que la sienne propre, c'est-à-dire à substituer le règne politique au régime patriarcal ou clanique. On sait d'ailleurs qu'il fut le premier souverain de Babel, donc probablement l'un des principaux instigateurs de la tour, et qu'il régna aussi sur Erec (ou Uruk), Accad (ou Akkad) et Calné, au pays de Schinear, qui est peut-être une transcription déformée de Sumer (la première civilisation urbaine post-diluvienne). Aussi Nimrod bâtit ou rebâtit Ninive, après s'être emparé du pays d'Assur, c'est-à-dire de l'Assyrie (Ge X, 8-10 ; XI, 1-9). Par conséquent, Nimrod peut être regardé comme le père spirituel de l'État.

 

Science, éducation, médias, industrie du divertissement, psychiatrisation, médecine…

Ces domaines que nous traitons de manière éparse dans différents articles n'échappent évidemment pas aux rapports de classes. La science de manière générale – ou ce qu'on appelle ainsi – fut souvent un formidable levier théorique pour justifier la domination d'une classe sur une autre. C'est d'ailleurs à notre sens la principale raison d'être de la théorie de l'évolution, laquelle légitime la loi du plus fort et la survie des plus aptes, donc le maintien de l'ordre établi. Le relais se trouve ensuite dans le système éducatif qui est là pour domestiquer les enfants en leur transmettant la pensée et les valeurs bourgeoises. Quant aux universités, elles sont la continuité de cette domestication, mais plutôt dans le but de former les prochains dresseurs sociaux. D'où le fait qu'on y trouve souvent les pensées les plus conformistes (bien que certains y échappent heureusement).

 

Pour ce qui est des médias de grand chemin, il est aujourd'hui notoire qu'ils servent principalement à formater l'opinion publique, donc aussi à la domestication sociale, à travers un flot d'informations futiles et aliénantes, notamment pour occuper la masse à réfléchir sur ce qui ne remet pas en cause l'ordre établi. Quant à l'industrie du divertissement (sports, jeux, discothèques, incitations à la débauche, au satyriasis, etc.), sa raison d'être se trouve déjà dans son nom. Les mots "divertir" et "divertissement" renvoient en effet à l'idée de détourner quelqu'un de la vérité, de la réflexion et des problèmes essentiels. On parle aussi parfois de soft power (pouvoir doux), surtout en ce qui concerne les films et les musiques qui servent aux dominants.

 

Enfin, la psychiatrisation tous azimuts joue aussi un certain rôle dans ces rapports de classes et de forces. Par exemple aujourd'hui à travers l'utilisation abusive de termes comme complotisme, quérulence, paranoïa, phobie, etc., parfois destinée à réprimer, discréditer ou neutraliser certaines pensées critiques. Et cela peut aller encore plus loin. Quant à la médecine de manière plus générale, et à la médecine préventive en particulier, elle peut aussi servir les intérêts de la classe possédante en imposant un mode de vie, des vaccins, ou des médicaments au nom de la santé publique. Cette forme d'oppression est beaucoup plus subtile et difficile à découvrir dans la mesure où elle se présentera toujours comme une nécessité pour le bien commun. Néanmoins, elle se trahit souvent elle-même par le ton impérieux et contradictoire que prennent ses promoteurs et par l'anathème qu'ils jettent sur leurs contradicteurs. Quelques notions de médecine et surtout du discernement permettent en principe de découvrir cette imposture.

 

 


3. La banque

Dans les sociétés primitives, les biens étaient mis en commun, autrement dit mutualisés. Et le troc fut le premier "système économique". Il n'y avait pas de monnaie à proprement parler. Les premiers producteurs produisaient d'abord pour leurs propres besoins et seulement accessoirement en vue de l'échange.

 

La division d'une société entre dominants et dominés, donnant lieu à l'organisation d'une première forme de division du travail, concourut à complexifier la société et le mode de production. Les échanges furent alors de plus en plus courants et c'est ainsi que "les produits devinrent des marchandises", pour reprendre une formule de Marx. Et plus les échanges se généralisaient, plus le troc devenait un système incommode. Car suivant les marchandises à échanger et la distance à parcourir, le troc pouvait s'avérer encombrant, surtout si une négociation n'aboutissait pas. Il fallut donc trouver un moyen pour faciliter les échanges. C'est à partir de là que survint l'idée d'objets plus compacts et transportables destinés à servir à la fois d'intermédiaire dans les échanges, mais aussi d'instrument de mesure de la valeur de ces biens. Ce fut la naissance de la monnaie. Mais qui dit monnaie dit aussi émission monétaire, et cela fut naturellement réservé aux dominants, lesquels feront frapper les pièces métalliques (plus ou moins précieuses) à leur effigie ou selon le sceau de leur pouvoir. Cela devait leur permettre de renforcer leur autorité et d'accentuer la dépendance du peuple vis-à-vis d'eux, mais aussi de faire de la propagande et de justifier le système fiscal (puisque le symbole sur la monnaie devait montrer à qui elle appartenait). C'est donc là qu'on peut trouver l'origine de la "banque centrale", pleinement associée au pouvoir.

 

Mais pour prendre la banque dans un sens plus large, comprenant aussi les banques privées, son origine profonde se trouve également chez les loueurs de coffres et les prêteurs sur gages. Ces derniers profitaient en effet de leurs propriétés, donc de leurs privilèges, pour accumuler davantage de richesses en proposant des opérations de dépôts et de prêts d'argent, moyennant bien sûr un intérêt. Le prêt à intérêt ou l'usure est d'ailleurs une vieille pratique qui était déjà connue du temps de Moïse et qui fut bien sûr proscrite par la Loi (Lé XXV, 37).

 

Ainsi, ces loueurs de coffres et prêteurs sur gages sont devenus de plus en plus riches au fil du temps, y compris à l'époque et dans les pays où l'Église catholique exerçait son influence morale (l'Église catholique interdisait formellement le prêt à intérêt mais le tolérait officieusement). Les lieux où étaient menées ces opérations furent appelés "banques", de l'italien banca ("banc" ou "comptoir"), sans doute parce que les célèbres banquiers lombards étaient assis sur des bancs ou parce que des bancs servaient de comptoirs.

 

Les grands banquiers allaient naturellement faire partie de la caste dirigeante et ainsi pouvoir imposer leurs règles. Cela leur permit de s'enrichir toujours plus, notamment lors du passage de la monnaie métallique à la monnaie fiduciaire (billets). Car, progressivement, la valeur nominale d'un billet n'allait plus forcément correspondre à sa valeur intrinsèque, et c'est à partir de là que les crédits allaient commencer à faire les dépôts, pour le grand profit de ceux qui pouvaient les émettre. Cette basse opération fut encore plus vaste avec l'arrivée de la monnaie scripturale (électronique) qui, du même coup, commençait à symboliser aussi le pouvoir des techniciens. Chose qui est bien visible aujourd'hui.

 

Enfin, l'obligation d'avoir un compte bancaire montre-t-elle à quel point les banques sont les partenaires de l'État et que tous deux sont des entités parasites et oppressives qui asservissent les peuples et survivent grâce à la division de ceux-ci. Sans oublier, bien sûr, certaines assurances qui jouent le même rôle avec d'autres leviers.

 


4. Le capitalisme

Le capitalisme est un régime politique, économique et social qui repose sur l'accumulation du capital et l'exploitation de l'homme par l'homme, notamment à travers la recherche systématique de la plus-value. Or la plus-value, c'est-à-dire la différence entre la valeur des biens produits et le prix d'un salaire (qui engendre le capital), n'est rien d'autre qu'une forme d'extorsion autorisée. Pour le dire simplement, le capitalisme est un système basé sur la volonté de puissance, la cupidité, et la spoliation. Ou pour employer une terminologie biblique, on peut aussi dire que le capitalisme est le culte de Mammon, c'est-à-dire le culte de la richesse et de la sécurité matérielle. Le capitalisme est donc incompatible avec la foi chrétienne (cf. Mt VI, 24 ; I Tm VI, 10). D'autant que c'est un système qui encourage le vol, l'usure ou le prêt à intérêt (Lé XXV, 37 ; Ex XX, 15 ; Éz XVIII, 13).

 

Par ailleurs, le capitalisme repose aussi sur la théorie darwinienne selon laquelle nous serions des animaux avides et égoïstes, et que, par conséquent, le système économique doit récompenser ces instincts primaires (conformes à notre nature), si nous voulons prospérer. Certes, même si le darwinisme est faux dans son ensemble, on ne saurait nier que nous sommes effectivement des animaux avides et égoïstes d'un point de vue charnel. Cependant, en tant que chrétiens, nous savons que l'être humain a aussi une dimension spirituelle et qu'il est donc tout autant capable de compassion et d'altruisme. Nous pouvons donc agir de manière compétitive et agressive, mais nous avons aussi la capacité d'agir de manière solidaire et coopérative. L'être humain n'a pas seulement hérité du péché d'Adam, mais également de l'empreinte divine. Autrement dit, notre nature est vaste et variable, et peut être influencée. En effet, dans un système où les mauvais penchants sont encouragés, nous avons plus facilement tendance à nous y laisser aller, tandis que dans un système où la charité et la solidarité seraient la norme, les gens chercheraient à mieux agir, et donc l'humanité progresserait dans le bon sens du terme.

 

Ainsi pourquoi devrions-nous choisir un système économique qui sape les aspects les plus décents de notre nature et encourage les plus mauvais ?

 

Certains pensent toutefois que le capitalisme a au moins permis de créer quantité de marchandises et a donc contribué à élever le niveau de vie moyen des hommes. Mais ce genre d'argument est tout à fait subjectif et ne contentera que les matérialistes, les croissantistes ou les statisticiens qui ignorent que les statistiques sont nées avec le capitalisme et que les chiffres sont souvent manipulés. Surtout que la qualité d'une vie ne se mesure pas à la quantité de marchandises disponibles, d'autant plus si la plupart d'entre elles sont inutiles et de mauvaise qualité. Les seuls vrais bénéficiaires sont ceux qui profitent de la survaleur des produits. Et ce sont souvent ces mêmes personnes qui sont à l'origine de la rumeur selon laquelle le capitalisme aurait élevé notre niveau de vie.

 

La publicité est là pour nous convaincre d'acheter ce dont nous n'avons pas besoin. Aussi, la quantité de marchandises superflues, de surcroît conçues pour ne pas durer afin d'en racheter, pose des problèmes environnementaux (fabrications et déchets).

 

Enfin, l'idée selon laquelle le capitalisme aurait permis de diminuer les famines et de contribuer à la "conquête du pain" doit être relativisée. D'une part, parce que cela n'est vrai que pour une partie de l'humanité. Car dans bien des pays des hommes souffrent encore de la faim, et celle-ci est en partie causée par le capitalisme mondialisé qui permet à des prédateurs (banques, hedge funds, etc.) de spéculer sur les matières premières agricoles et donc d'augmenter les prix des aliments de base (riz, blé, maïs, etc.). Et d'autre part, parce que même en Occident la malnutrition est une réalité, surtout à travers ce qu'on appelle communément la malbouffe (OGM, produits transformés, chimiques, trop gras et trop sucrés). Malbouffe qui nourrit, certes, mais tout en rendant malade.

 

« Le capitalisme est préférable au communisme ! »

Lorsqu'un libéral ne sait plus quoi dire devant des arguments factuels, il n'est pas rare de l'entendre répondre de manière goguenarde qu'il fait quand même mieux vivre dans les pays libéraux que dans les pays "communistes" (ex-URSS, Chine, Corée du Nord, etc.). Certes, mais ce truisme tend à perdre de sa valeur lorsqu'on le soumet à une analyse plus rigoureuse. Car d'une part, ces pays ne sont pas plus communistes que le Vatican n'est chrétien. Ce sont plutôt des pays où le capitalisme (ou techno-capitalisme) est dirigé par un parti unique qui représente l'État, en opposition à nos pays libéraux où l'État appartient plutôt à des grandes entreprises privées qui tiennent les politiques. Et d'autre part, parce que le prétendu "monde libre" commence lui aussi à s'inspirer de la dictature technologique chinoise, ce qui n'arrange pas les choses.

 

Par ailleurs, même si ces dictatures étaient réellement communistes, qui a décrété que nous n'aurions le choix qu'entre la peste et le choléra (avec en plus la "technicite") ?

 

Nous croyons qu'un autre modèle plus libre, égalitaire, fraternel, charitable est possible. Les Amish ou les Hutterites sont, à certains égards, une preuve vivante qu'il est possible de construire une société meilleure.

 

Du socialisme à la gauche libérale, ou de la lutte des classes au gauchissement

Le socialisme du XIXe siècle, incluant l'anarchisme et le communisme, émane quelque part du christianisme. C'était une sorte de christianisme sans Dieu. Proudhon n'hésita d'ailleurs pas à écrire, non sans quelque anachronisme, que le christianisme primitif était un soulèvement socialiste. Et Engels écrivit que la lutte contre un monde tout-puissant est commune aux chrétiens primitifs et aux socialistes. Ils n'avaient pas totalement tort.

 

Cependant, le rapport entre socialisme et christianisme des origines disparut progressivement après la Première Internationale. Et de même que le christianisme institutionnel avait rompu avec celui des origines, de même le socialisme rompit avec celui de ses débuts. Dès lors que le socialisme devint un mouvement politique intégré à l'appareil d'État, il perdit toute substance. Le socialisme devint alors un "gauchisme" ou plus rarement un droitisme (nationalisme).

 

L'anarchiste polonais Jan Wacław Machajski (1866-1926) fut l'un des premiers à pressentir cette évolution. D'après lui, elle s'expliquait par le fait que le socialisme ouvrier avait été complètement évincé par le socialisme des intellectuels. Ces derniers auraient profité de leur position sociale et de leurs connaissances pour s'emparer de l'idéal socialiste en se servant de la cause ouvrière pour former une nouvelle classe dominante. Non pas pour abolir mais pour diriger et gérer le capitalisme. Pour Machajski, la marque ou le début de cette ambition se trouvait déjà dans le socialisme "scientifique" élaboré par Marx et Engels en opposition au socialisme qu'ils avaient qualifié d'utopique (par exemple, celui de chrétiens comme Étienne Cabet ou Wilhelm Weitling).

 

À sa suite, Simone Weil (à ne pas confondre avec l'avorteuse Veil), qui avait été socialiste avant de devenir chrétienne, comprit également avant beaucoup d'autres que le socialisme, devenu la gauche, n'était plus là pour abolir le capitalisme, mais plutôt pour négocier avec le patronat et la droite afin d'augmenter les salaires des nouveaux esclaves et ainsi donner l'illusion d'un système plus "humain". Douée d'une remarquable perspicacité, elle écrivit ce texte d'une grande et profonde justesse :

 

"Quand on leur parle de leur propre sort, on choisit généralement de leur parler de salaires. Eux, sous la fatigue qui les accable et fait de tout effort d’attention une douleur, accueillent avec soulagement la clarté facile des chiffres. Ils oublient ainsi que l’objet à l’égard du marchandage, dont ils se plaignent qu’on les force à livrer au rabais, qu’on leur en refuse le juste prix, ce n’est pas autre chose que leur âme.

Imaginons que le diable est en train d’acheter l’âme d’un malheureux, et que quelqu’un, prenant pitié du malheureux, intervienne dans le débat et dise au diable : « Il est honteux de n’offrir que ce prix ; l’objet vaut au moins le double. »

Cette farce sinistre est celle qu’a jouée le mouvement ouvrier, avec ses syndicats, ses partis, ses intellectuels de gauche."

 

On comprend mieux pourquoi Camus voyait en elle "le seul grand esprit de notre temps".

 

Cette pertinente analyse sur la gauche ne fera que se confirmer au fil du temps. Car il est patent que le socialisme ne cessa de s'enliser dans le fumier capitaliste et qu'il n'en ressortit pas indemne. Il fut si gauchi qu'il n'eût plus d'autre choix que d'être la marionnette stupide et servile du capitalisme, c'est-à-dire de faire partie de la société du divertissement et de revêtir les habits de l'opposition contrôlée. Cette analyse s'applique également, bien sûr, au national-socialisme ou socialisme nationaliste qui fut également un instrument politique de la classe possédante (du moins pour un temps). Car ni l'un ni l'autre ne porta la lutte des classes, et pas même ce qu'on appelle couramment "communisme".

 

Les évènements de 1968 scellèrent définitivement l'abandon de la lutte des classes (qui faisait si peur aux capitalistes), au profit de pseudo-luttes de la société du spectacle, à savoir la lutte des genres, des sexualités, et des races (féminisme, mouvement LGBTQ, mouvements racialistes et décoloniaux, etc.). C'est ce que porte aujourd'hui la gauche libérale. Quant au national-socialisme ou socialisme nationaliste, qui n'est pas plus socialiste que la gauche libérale, on trouve encore des débris de cette expression politique nauséabonde dans quelques mouvements. Et à certains égards, la Chine et la Corée du Nord paraissent assez proches de cette idéologie.

 

Le capitalisme détruit la création ; l'écologisme institutionnel verdit cette destruction

Comme on le sait tous, le capitalisme est basé sur l'idée d'une croissance illimitée. Le seul problème c'est que nous vivons sur une planète "finie", ou du moins sur une terre dont les ressources ne se renouvellent pas à un rythme qui supposerait une exploitation toujours plus accrue. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la Bible préconise une année sabbatique tous les sept ans (Lé XXV, 4). Car de même qu'un être humain doit se reposer au moins une fois par semaine pour reprendre ses forces, de même la terre devrait être laissée en repos chaque septième année. Donc ici encore, il y a incompatibilité entre la Bible et le capitalisme. Car dans un régime capitaliste, aussi bien le repos hebdomadaire que le repos septennal pose problème, puisque le temps c'est de l'argent.

 

Selon la Bible, la terre est une création de Dieu et il l'a léguée à l'homme comme un bien précieux afin qu'il en jouisse pleinement (Ge I et II). Cependant, l'homme n'en est pas le propriétaire, il en est plutôt une sorte de gestionnaire ou de locataire. Par conséquent, le Seigneur jugera les mauvais comportements des hommes envers la création (Ap XI, 18). Car nous devons vivre en équilibre avec elle, entre le naturel et le culturel (ou artificiel), et non de manière disproportionnée. Ainsi la pensée chrétienne est évidemment environnementaliste, d'une certaine manière, tout en restant équilibrée. Car elle est à la fois éloignée de la pensée païenne qui déifie la nature, la sacralise, et voit notre terre comme notre mère (Gaïa), mais aussi éloignée de la pensée matérialiste, capitaliste, techniciste, utilitariste qui ne voit en la création qu'une formidable usine à matières premières dont il faudrait se servir pour créer un monde totalement artificiel.

 

Dans le contexte capitaliste, l'environnementalisme ou l'écologisme qui est né en dehors des institutions est donc un combat nécessaire, car il va de soi qu'il faut rééquilibrer les choses, afin que notre terre ne devienne pas un produit transformé à force de pillages et de pollutions. Il en va de l'équilibre même de l'homme. D'autant que ce qu'on pourrait appeler la grande "décréation" nous éloigne forcément de notre Créateur. Car les créations de l'homme ne font pas autant de bien à l'âme que la création de Dieu (eût-elle été corrompue après la chute).

 

Cependant, il ne faut pas se tromper d'environnementalisme. Car ce que le christianisme et le socialisme ont subi est aussi rapidement arrivé aux mouvements de protection de la nature. L'environnementalisme s'est en effet institutionnalisé et a malheureusement été largement noyauté par les capitalistes, donc intégré au système. En politique, les Verts représentent cette engeance écologiste qui n'est là que pour reverdir le système et pour lui donner même une nouvelle impulsion. C'est pourquoi les Verts sont souvent favorables à la croissance et au capitalisme. Leur but principal est simplement de nous faire entrer plus rapidement dans la nouvelle phase du capitalisme qu'on pourrait appeler l'ère du techno-capitalisme.

 

Ainsi, selon les Verts, les problèmes écologiques ne se résoudraient pas par une forme de décroissance ou par une recherche de réel équilibre, mais plutôt par une administration toujours plus technicienne du monde, en investissant des capitaux dans des secteurs prétendus "propres" et dans des innovations technologiques censées mieux gérer nos sociétés et diminuer notre "empreinte écologique". Ils prétendent ainsi disrupter le capitalisme (pour reprendre une expression technocratique), alors qu'ils ne font en réalité que mieux l'accompagner dans son évolution logique, pleinement intégrée à la Technique.

 

Ces écologistes ont une propagande très habile pour nous vendre leur techno-capitalisme vert, à travers des termes comme "ville intelligente" (pour ne pas dire "ville policière" remplie de capteurs et de caméras, donc sale et énergivore) ; "voiture propre" (si l'on ne tient pas compte des batteries sales) ; "énergie propre" (les éoliennes polluent les sous-sols et les eaux, enlaidissent les paysages, détruisent l'avifaune, produisent des infrasons, etc.) ; sans parler de la dématérialisation des documents qui serait vue comme plus écologique que le papier (quid des centres de données et de toute l'énergie que cela demande ?). Et ainsi de suite.

 

En clair, les Verts et tous les pseudo-écologistes ne remettent pas du tout en cause la pollution liée au système techno-capitaliste, pourtant aussi énergivore que liberticide. Or, on sait aujourd'hui que rien que l'internet, s'il était un pays, serait l'un des plus gros pollueurs au monde. Les ordiphones, les réseaux sociaux, les dispositifs de surveillance, et les centres de données polluent énormément.

 

En ce sens, l'écologisme est devenu une formidable supercherie et les marches pour le climat une vaste hypocrisie, puisqu'ils ne remettent en cause que l'ancien modèle capitaliste en phase terminale, sans dénoncer les impacts délétères causés par le nouveau modèle (ou la nouvelle phase), à savoir le techno-capitalisme.

 

Cependant, en dehors des institutions, il existe encore de vrais écologistes qui dénoncent depuis plusieurs années le capitalisme vert, les "écotartuffes" et les opérations de verdissage (greenwashing). Ce sont les décroissants. Nombre d'entre eux ont le mérite d'une certaine cohérence et font un travail remarquable de réinformation.

 

Le capitalisme de surveillance

Le terme "capitalisme de surveillance" a été introduit par une universitaire américaine nommée Shoshana Zuboff. C'est une définition assez intéressante de ce marché de la peur et de la surveillance que l'on connaît (vidéosurveillance, biométrie, RFID, drone, géolocalisation, récolte de données, etc.), mais qui nous semble tout de même un peu trop détaché d'un ensemble plus complexe. Car la surveillance est intrinsèquement liée au système technicien ou techno-capitaliste. Il est donc indispensable de comprendre celui-ci de manière générale avant de se focaliser sur l'un de ses rameaux en particulier. D'autant qu'à notre avis le système technicien, même s'il est actuellement lié au capitalisme, peut très bien se passer de lui et se développer avec un autre régime.

 

Quoi qu'il en soit, il va sans dire que la surveillance de masse à laquelle nous assistons depuis plusieurs années est incompatible avec la foi et la morale chrétiennes. Car c'est une forme de voyeurisme, d'espionnage ou de contrôle, donc une grave atteinte aux libertés fondamentales (cf. I Ch XXI, 1 ; Ps LVI, 6-7 ; Jé V, 26 ; Si XXI, 24 ; Ga V, 1).


Conclusion

Il resterait bien des choses à dire sur ces quatre piliers du système antichrist, mais nous pensons que ce texte constitue déjà une bonne entrée en matière.

 

Jacques Ellul disait : "On ne peut pas créer une société juste avec des moyens injustes. On ne peut pas créer une société libre avec des moyens d’esclaves". L'injustice règnera donc tant qu'on ne les aura pas abolis.

 

Mais le but des agents du système est de nous faire croire en une forme de déterminisme, autrement dit de nous amener à penser que ce système serait dans l'ordre des choses, relativement à notre nature (selon la science évolutionniste) ou selon la volonté d'une Providence, selon nombre de religieux. Mais ce sont des leurres, car Dieu a créé l'homme avec un libre arbitre, comme il est dit (Si XV, 11-14) : "Ne dis pas : C'est à cause du Seigneur que je me suis écarté, car ce qu'il déteste, il ne le fait pas […] Lui-même a créé l'homme au commencement et l'a laissé à son propre conseil." Ce serait même un blasphème que d'affirmer que cet ordre des choses est voulu par Dieu, puisqu'il est dit que le monde est actuellement sous la puissance du mal et que Dieu ne peut nullement être tenté par le mal, et qu'il ne tente lui-même personne (cf. Ja I, 13 ; I Jn V, 19).

 

Il faut donc refuser l'idée selon laquelle une société meilleure est impossible et utopique ; refuser l'idée que la classe opprimée restera toujours stupide et prisonnière de son aliénation. Car il suffirait d'une minorité déterminée pour changer les choses, avec l'aide de Dieu. La Bible nous apprend que l'Église véritable, c'est-à-dire l'assemblée des fidèles, est le corps mystique de Jésus-Christ (I Co XII, 27). Les membres de ce corps devraient donc être dans l'amour et prendre soin les uns des autres pour faire avancer le Royaume de Dieu. Mais dans une société plus large, tout le monde ne sera pas forcément chrétien. Or, la foi ne peut s'imposer. Il faut un consentement. Il n'en demeure pas moins que la société, pour évoluer dans le bon sens, doit aussi impérativement se voir comme un seul corps. La tête (les intellectuels) ne peut pas se passer du corps (les paysans, artisans, ouvriers), ni le corps de la tête, pour reprendre une image de la sagesse juive. Et naturellement, il faut aussi prendre soin des membres malades, comme l'on prend soin d'une partie de notre corps qui défaille.

 

Toutefois, l'être humain ne peut pas non plus être réduit à une simple partie d'un corps, car il est aussi une personne à part entière. Il y a donc un équilibre à trouver entre égalité et liberté. Le problème des sociétés contemporaines est qu'elles nient, dans les faits, ces deux états, à la fois l'humain comme membre d'un corps – égal et dépendant des autres –, et à la fois comme personne "solitaire", ayant besoin de liberté. Le corps social est aujourd'hui complètement parasité et seule une poignée d'hommes jouit d'une certaine liberté. Il y a donc disharmonie.

 

De surcroît, la masse des hommes d'aujourd'hui est non seulement asservie par cette petite classe, mais elle devient également l'instrument de ses instruments. Elle subit donc une nouvelle aliénation. La robotisation quasi complète du système actuel produit en effet une quantité d'humains qui ressemblent déjà à des automates. Cela est gravissime et laisse craindre pour l'avenir.

 

Mais alors, comment sortir de ce cauchemar, comment régler ces problèmes et tendre vers une société plus humaine et harmonieuse ? Comment l'homme, avec ses mauvais penchants, réussirait-il à défaire tout ce qu'il a lui-même créé ? Comment sortir des sociétés basées sur la volonté de puissance, l'orgueil, la violence, les divisions qui font évidemment partie de notre nature ? L'utopie serait précisément de croire que l'homme livré à lui-même pourrait être capable de déconstruire ce qu'il a construit, sans reproduire ensuite la même chose sous une autre forme. Nous pensons que l'homme ne saurait créer quelque chose de bien sans le Créateur, qu'il ne saurait pas même être sans l'Être par excellence, et donc qu'il ne pourrait maîtriser un tant soit peu ses mauvais penchants et favoriser les bons sans son aide. "Si l'Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain", nous dit la Bible (Ps CXXVII, 1). L'homme restera pécheur, mais si une société s'appliquait à suivre la véritable Loi, alors elle tendrait enfin vers le mieux au lieu de déchoir en permanence.

 

Rousseau lui-même, qui cherchait quels pourraient être le meilleur régime et les meilleures règles pour l'homme, écrivit ceci : "Pour découvrir les meilleures règles de société qui conviennent aux nations, il faudrait une intelligence supérieure, qui vît toutes les passions des hommes, et qui nʼen éprouvât aucune, qui nʼeût aucun rapport avec notre nature, et qui la connût à fond, dont le bonheur fût indépendant de nous, et qui pourtant voulût biens sʼoccuper du nôtre…"

 

Or, qui d'autre que Jésus-Christ, le Verbe de Dieu venu en chair, pourrait être le bon Législateur ? L'humanité n'évoluera qu'en se reconnaissant comme un corps dont la seule tête véritable est Jésus-Christ, le Roi-Sacrificateur. Et c'est une telle société que nous appelons Christocratie (ou Règne de Dieu). C'est pour celle-ci qu'il faut œuvrer de toutes nos forces, sans négliger notre personne individuelle qui doit aspirer à la vie éternelle et au Royaume de Dieu céleste, à savoir le Paradis. Puisse le Saint Unique, béni soit-Il, nous y aider…


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